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Derrière l’écran – Audrey Sourdive, comédienne de doublage : “On ne se rend pas compte du travail et des conditions dans lesquelles les VF sont enregistrées”

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À l’occasion de la Game’in Reims qui s’est déroulée le week-end du 4 décembre, nous avons pu rencontrer Audrey Sourdive. Comédienne de doublage, elle a fait les versions française de Kassandra dans Assassin’s Creed Odyssey, Abby dans The Last of Us Part II et bien d’autres. Aujourd’hui elle nous parle de son parcours, de son amour du jeu vidéo mais également de son métier.

 

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

Quand j’avais quatre, cinq ans j’ai commencé à faire du théâtre avec mon papa. Je jouais dans des pièces comme Ubu Roi ou Les sorcières de Salem, je faisais des tout petits rôles de figuration pendant que mon papa jouait en tournée l’été. Par la suite, j’ai donc continué le théâtre avec des petits rôles puis des rôles un peu plus importants. À l’âge de mes quinze ans, mon père a quitté son boulot principal pour devenir comédien à plein temps. Il s’est mis à faire des mises en scène, c’est donc là que j’ai fait mon premier grand rôle. Je faisais Antigone de Jean Anouilh avec lui sur scène. C’est mon papa qui m’a donné le virus du théâtre et j’ai donc fait du théâtre toute ma vie.

Comme j’avais commencé un peu tôt, j’avais des tics de jeu, à mes dix-sept ans j’ai décidé de reprendre les bases en prenant des cours afin de devenir plus sincère sur scène. J’ai étudié au conservatoire du onzième arrondissement de Paris et du centre pendant quatre ans. À la fin de ces études je suis devenue intermittente, j’ai continué le théâtre. Quand j’ai eu trente ans le spectacle dans lequel je jouais, Macbeth, je devais faire deux ans de tournée, du jour au lendemain notre metteur en scène nous a annoncé qu’il annulait la pièce et qu’il arrêtait donc ce spectacle.

Je me suis retrouvée avec plus rien du tout ça ne m’était jamais arrivé de ma vie ! C’était l’horreur. ça faisait des années que j’avais envie de faire du doublage, j’ai essayé de faire un stage que malheureusement je n’ai pas décroché avec l’AFDAS pour avoir le financement. À ce moment-là je me suis dit “tu n’as plus rien à faire, tu es un peu dans le pétrin” donc je me suis inscrite pour faire un autre stage. Je voulais le faire avant de me lancer et d’aller dans les studios, je voulais être sûre que le doublage m’aimait autant que je l’aimais. C’est quelque chose qui m’avait toujours passionné. Je me suis donc formé au stage Le Magasin, je le recommande fortement si certaines personnes sont intéressées par ce métier. Lors de ce stage on m’a dit : “tu es faite pour ça, fonce” !

En sortant de cette formation, j’ai assisté pendant un an, plusieurs fois par semaine j’allais sur les plateaux, à l’époque c’était possible, plus maintenant à cause du COVID. J’y allais au moins trois fois par semaine, je passais mes journées à regarder comment les gens travaillaient, je rencontrais des personnes et je regardais des gens enregistrer des doublages. Au bout d’un an j’ai commencé à vraiment travailler, j’ai eu beaucoup de chance car beaucoup de directeurs artistiques m’ont pris sous leurs ailes. Je connaissais vraiment personne dans le métier en arrivant, à part un comédien, Luc Boulad qui m’avait un peu emmené en plateau avec lui. Et depuis ça marche plutôt bien ! 

 

Ce sont donc les directeurs artistiques qui viennent vous démarcher ?

Au départ pour être un peu connu dans le doublage et commencer à travailler, on débute avec des ambiances et des petits rôles. Il fallait venir assister, venir en plateau, demander si on pouvait regarder l’enregistrement etc. C’est comme ça que je me suis faite un peu repérer, en faisant des petits rôles, ils ont vu que j’avais une voix qui pouvait être très grave comme très aiguë.

Ça c’est l’ancienne méthode qu’on ne peut plus faire aujourd’hui à cause de la crise sanitaire. Une fois qu’on s’est fait un petit nom et qu’on commence à travailler “réellement”, en effet ce sont les directeurs artistiques qui nous contactent.  

 

C’est donc vous qui avez fait la voix de Kassandra dans Assassin’s Creed Odyssey, est-ce que vous pouvez nous parler de cette expérience ? 

Alors j’avais une toute petite voix dans Origins, c’était quelque chose d’anecdotique mais c’était pour moi un honneur incroyable et j’étais comme une folle. La personne qui s’occupait des VF pour Assassin’s Creed m’a recontacté pour Odyssey. C’est lors de l’essai que j’ai compris que j’auditionnais pour le rôle principal. J’étais tellement heureuse d’avoir pu mettre ma voix dessus même si je n’étais pas prise. Quand j’ai appris que je l’avais, là, ça été l’explosion de joie, je sautais partout, j’étais comme une dingue.

Après cela, ça été des mois et des mois de travail, c’est le plus gros jeu, le plus gros projet que j’ai fait. La plupart du temps quand on fait les enregistrements d’un doublage, par exemple Ralph 2.0 (NDLR: un film d’animation) ça m’a juste pris quelques heures. Là, ça a été des mois de boulot avec toujours la même équipe, l’adaptateur Julien Bardakoff qui était un amour, Hubert Drac le directeur artistique qui a été une très belle découverte humaine et tout le reste de l’équipe qui était incroyable. J’ai travaillé jusqu’à une semaine avant mon mariage et au retour de ma lune de miel, j’étais de nouveau présente pour doubler les DLC. C’était une des plus belles aventures humaines de ma vie et un des plus beaux rôles que j’ai faits. 

Kassandra dans Assassin's Creed Odyssey

Kassandra dans Assassin’s Creed Odyssey

 

Vous avez prêté votre voix pour le personnage de Morgana dans League of Legends. Riot Games est en train d’étendre son univers, notamment avec la série Arcane, si Morgana arrive dans la série est-ce vous qui allez la doubler ?

Tout cela dépendra du studio et des clients qui s’occuperont de réaliser la série. S’ils veulent faire plaisir aux fans en restant fidèle au jeu alors oui je serais la doubleuse. Tout dépendra de ce que veut le studio mais je suis très intéressée. Il y a notamment, une série sur The Last of Us en préparation, si le personnage d’Abby fait son apparition je serai ravie de refaire son doublage.

 

Parmi tous les personnages que vous avez doublés, lequel vous a le plus marqué ?

C’est compliqué d’en choisir un, parce que Assassin’s Creed, ça a été mon premier gros jeu, il a une place particulière. Abby est un personnage que je défendrais toute ma vie, tout simplement parce qu’il y a des choses à dire dessus. Il y a aussi mon rôle dans Blade Runner, de base je devais juste faire des ambiances et je me suis retrouvée à passer le casting, c’était vraiment incroyable. Suite à cela, lors de la sortie du film j’ai emmené toute ma famille voir le film dans un grand cinéma sur Paris. À chaque fois que j’arrive sur un nouveau projet et que le personnage a une sensibilité intéressante ou un propos à défendre, ça devient intéressant. 

 

Quelles sont les compétences requises pour se lancer dans le doublage ?

La compétence de base, c’est qu’il faut être comédien, contrairement à tous les petits concours Tiktok que l’on peut voir. C’est très chouette en matière de divertissement, comme lorsqu’on est Youtubeur et qu’on a la chance de décrocher un rôle mais ce n’est pas comme cela que ça fonctionne. Il faut d’abord faire des cours de théâtre, au moins deux ans. Par la suite, faire un ou deux ans de représentation de théâtre pour avoir l’expérience de la scène.

Une fois qu’on a cette expérience, on fait un stage, pour avoir la technique de la bande rythmo, c’est une vraie technique, ça s’apprend et il faut pouvoir la dépasser pour pouvoir vraiment jouer. Après cela, si on vous dit que vous avez du potentiel, vous pouvez commencer à aller en studio, avec le COVID c’est compliqué car beaucoup de studios sont fermés. Il faut essayer de faire des masterclass, il y a par exemple Rhinocéros, seul problème c’est que c’est payant. Mais sachez que si ça vous intéresse vraiment je vous conseille les stages Le Magasin. Faites attention, il y a certains stages qui coûtent une fortune, c’est devenu un véritable business, et cela vous mènera nulle part.  

 

Quel impact a eu le COVID 19 sur votre travail ?

Ça a eu un impact terrible ! Alors on est un peu épargné, par rapport aux comédiens de théâtre. Mon mari qui est du métier, n’a pas bossé pendant un an. Nous, il y a eu le premier confinement où on n’a pas travaillé du tout. Pour les autres confinements on a eu des dérogations pour pouvoir travailler, on faisait partie des seuls artistes en France à pouvoir travailler, c’était une chance de malade.

Au niveau du boulot on a vraiment été épargné, de plus les plateformes se sont développées donc on a vraiment beaucoup de travail en ce moment. La grosse différence c’est qu’on ne peut plus enregistrer à plusieurs à la barre. Donc on n’a pas l’autre comédien pour nous donner la réplique et il manque ce côté très convivial d’être à plusieurs sur le plateau. 

 

Vous avez doublé des films, des jeux vidéo, des animés, y a-t-il une manière différente de travailler entre tous ces médias ?

Pour un film, une série ou un dessin animé, on a les images avec la version originale, on voit la scène. On ne sait pas à l’avance ce qu’on va faire, on arrive sur le plateau et on nous explique la situation. On regarde la scène une ou deux fois et ensuite on enregistre. 

Pour ce qui est du jeu vidéo, on n’a pas d’image, on n’a souvent pas de contexte. On a uniquement des fichiers son en original, et quelques fois c’est rare mais il n’y en a même pas. Parfois pour les voix témoins, on la voix d’un homme alors qu’on fait une femme, ou inversement. On a le casque sur les oreilles avec le fichier son qui s’affiche comme une onde sonore sur l’écran, on l’écoute et on doit refaire juste derrière. Donc ce n’est pas du tout la même manière de travailler, c’est beaucoup plus rapide, c’est de l’instantané. On ne peut pas se baser sur le jeu du comédien originel. Après ça dépend aussi des jeux vidéo, pour The Last of Us, il y a eu beaucoup plus de moyens mis en place, on a eu quelques cinématiques. Pour un jeu comme Assassin’s Creed, avec des centaines d’heures de jeu, on n’a pas le même temps pour faire dans le détail que sur un jeu plus linéaire comme The Last Of Us.

Il y a certains mangas qui doivent être travaillés très rapidement, c’est rare, mais on n’a pas les images et on enregistre en direct avec la bande rythmée en dessous, ça s’appelle travailler au fusil.

 

Est-ce que vous jouez aux jeux vidéo et que pensez-vous de ce média ?

J’adore les jeux vidéo, je suis une grosse joueuse. Je ne peux malheureusement pas jouer à tous les jeux à la première personne parce que ça me file mal au cœur. Donc c’est une grosse frustration, un jeu comme Borderlands où j’ai un rôle incroyable dedans, je fais Amara eh bien je n’ai pas pu y jouer. Donc ça limite un peu, mais j’adore ça. Je ne compte même plus le nombre de trente-et-un décembre que j’ai passé avec ma grande sœur à jouer à Resident Evil. Quand j’ai commencé à faire du doublage et que j’ai pu doubler mes premiers jeux ça été iconique pour moi. Les jeux vidéo c’est ma première famille, c’est ce que j’adore.

Je trouve ça passionnant car on commence à voir de vraies innovations, on peut le voir avec The Last Of Us avec des scénarios complètement dingues. J’ai particulièrement aimé ce jeu car je trouve qu’il aborde des sujets de société hyper importants sans jamais être didactique, ils ne vont pas nous expliquer les choses mais nous les faire ressentir. Pour moi c’est un des meilleurs moyens de faire réfléchir les gens, et plein de gens ont crié au scandale. Mon rôle en anglais s’est fait menacer de mort. Parce qu’on peut y voir un personnage qui est gay, on parle aussi d’un personnage transgenre. C’est à peine évoqué, on le comprend par des sous entendus dans certains dialogues. Malgré cela, ça a choqué certaines personnes, mais c’est très bien parce que ça fait réagir et donc ça créé le débat. 

 

Les doublages français sont assez critiqués par le public, qu’auriez-vous à dire à ces personnes qui critiquent le travail des comédiens de doublage ?

La plupart du temps on ne se rend pas compte (je parle en tant que joueuse) du travail et des conditions dans lesquelles les VF sont enregistrées. Dans les versions originales, les comédiens ont la motion capture, ils ont du temps pour peaufiner leurs rôles, ils connaissent leurs textes à l’avance, ils ont des gens pour leur donner la réplique. Ça n’a rien à voir, nous on est tout seul au micro, avec un rythme de fou et quelques fois avec des textes qui arrivent la veille, parfois les traductions sont faites avec les pieds. Les gens qui travaillent sur les versions françaises pour eux, ce sont des mois et des mois de travail, ils donnent de leur personne et de leur petit cœur pour faire ça. Les joueurs comparent les versions VF et américaine ou japonaise mais on n’a pas du tout les mêmes moyens.

C’est aussi au créateur de jeu vidéo de dire “bon, on accorde plus de temps pour les autres versions, on veut plus de moyens, on va changer la façon de travailler”. Mais ça c’est rarissime, on l’a eu sur The Last of Us 2 avec des cinématiques. On n’a quasiment jamais de cinématiques pour nous accompagner. J’ai fait un jeu il y a pas longtemps, le texte était super, l’adaptation était bien faite, on m’avait expliqué comment était le perso et on m’en a même montré une image. Il n’y avait pas de cinématique mais au moins je savais à quoi ressemblait mon personnage.

Plus tard il a fallu que je revienne pour faire d’autres passages et là je n’avais même pas de référence audio, juste le texte écrit, je ne savais pas si mon personnage était en colère, s’il rigolait, s’il était triste. Je ne sais pas non plus si je parle à plusieurs personnes ou à une seule, s’ils étaient loin ou près de moi. Je n’avais même pas de taille de fichier, j’avais juste le texte qui s’affichait et je devais y aller en impro.

Le directeur artistique s’est occupé de ça, il était totalement désemparé, il m’a dit : “nous ça fait cinq mois qu’on travaille dessus, on a fait un travail de fou et tout d’un coup, voilà ce qu’on nous envoie.” À cause de ça, évidemment il va y avoir des erreurs, si ça se trouve mon personnage sera en train de dire une phrase avec un grand sourire alors que son enfant est mort à côté.

Donc le joueur sera déçu et dira qu’on fait du mauvais travail, mais c’est parce qu’on n’a pas le choix et de plus les clients nous demandent d’envoyer les fichiers rapidement. Je comprends la frustration de certains joueurs sur certaines VF mais il faut aussi savoir que nos conditions pour travailler ne sont pas toujours les meilleures.

Après il y a des versions françaises qui s’en sortent très bien, on espère qu’un jour on aura plus de temps pour travailler et avoir plus de moyens. Recevoir à la sortie du jeu des tas de critiques est parfois très dur psychologiquement parce que les comédiens ont mis un an de leur vie sur le projet, ce sont des centaines d’heures de travail. Quand le résultat n’est pas approuvé par les joueurs c’est terrible car c’est un boulot de fou qui a été fait derrière.

 

Comédien de doublage est un métier passionnant et de passionnés, nos braves acteurs et actrices de la voix donnent corps et âmes pour nous offrir des versions françaises dignes de ce nom. Il faut maintenant que les studios se permettent de prendre du temps pour peaufiner les versions françaises de leurs jeux et d’offrir à nos comédiens et comédiennes des conditions de travail favorables. Un grand merci à Audrey Sourdive pour cette interview !

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