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Portrait Jonathan Schifferling

Derrière l’écran : Jonathan Schifferling co-fondateur de l’entreprise 2 Lives “Le jeu vidéo c’est un support, pour se rencontrer humainement, découvrir des gens”

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L’entreprise 2 Lives, organise des tournois esport à travers la France dans différentes conventions ou en tant que tels. Rencontré lors du Game in Reims 2021, Jonathan Schifferling, l’un des fondateurs de la structure, raconte les débuts et livre son analyse sur l’évolution du jeu vidéo compétitif en France.

 

Qu’est-ce qui vous a poussé à créer votre structure en 2006 ?

En 2006, j’avais 14 ans et j’étais passionné de jeux vidéo. Je fantasmais un peu en regardant les magazines de compétitions de jeux vidéo. Je regardais Game One à l’époque où ils faisaient des reportages sur la PES League. Du coup, je rêvais de compétitions de jeux vidéo, seul, chez moi, en jouant à la Playstation 2. Je m’imaginais concourir dans ces compétitions. Puis, dans mon environnement, les alentours d’Angers dont je suis issu, j’ai découvert une association qui s‘appelle “3 Hit Combo”. Celle-ci vient de Rennes, elle est à l’initiative et gère le Stunfest (un festival qui existe depuis 2005). Du coup, j’ai participé à ce qui était quasiment les premiers Stunfest en tant que passionné de jeux vidéo.

Le Stunfest est aujourd'hui un évènement majeur de la scène compétitive française, notamment grâce à sa longévité.

Le Stunfest est aujourd’hui un évènement majeur de la scène compétitive française, notamment grâce à sa longévité

 

J’ai découvert une communauté qui, tous les mois, se rassemblait dans des maisons de quartier, pour faire des ranking battle, des tournois de Street Fighter III… Je suis arrivé là-dedans en me disant « J’ai les yeux qui brillent et les mecs sont tous là, tous les mois ils se rassemblent, ils font des combats et ils évoluent ensemble, ils se donnent des tips ». J’étais un ado passionné et je découvrais la compétition de jeux vidéo. En 2006, j’ai été voir le service jeunesse de ma ville, un village de 3000 habitants. Je leur ai dit « Je participe à des tournois de jeux vidéo à Rennes et j’aimerais bien que mon petit village ait aussi des évènements autour du jeu vidéo ».

Si on prend l’exemple du sport traditionnel, il y a toujours des clubs de foot, des clubs de basket, même des clubs d’échecs, etc. Mais si on regarde le jeu vidéo, certes il y a une image péjorative, mais c’est aussi lié au fait qu’il n’y ait pas de lieu pour le pratiquer. Donc mon idée, c’était de dire « Au service jeunesse, vous faites des activités pendant les vacances. Est-ce que vous seriez prêts à nous laisser des locaux pour faire un évènement une fois dans l’année ? Comme ça, on réalise le rêve que l’on a imaginé pour nous et pour cette commune ».

Et c’est alors qu’on a organisé le premier évènement à l’époque, sans trop y croire. Nous avions des gens qui avaient fait 3 heures de route pour venir de Quimper jusqu’à Pouancé, un petit village de 3000 habitants. La commune s’est finalement dit « Il y a autant de gens qui sont prêts à prendre la route pour venir à des évènements jeu vidéo, cela paraît un peu bizarre, mais du coup on l’a vu, on comprend l’enjeu ».

En voyant cela au travers des évènements, la municipalité et notamment le service jeunesse, ont voulu nous aider à créer une vraie structure. Nous n’étions pas majeurs donc nous ne pouvions pas créer d’association, mais ce qui s’appelle une « Junior association ». Ils nous ont mis le bulletin de création entre les mains et nous ont dit « On se revoit dans une semaine une fois le bulletin complété et vous aurez droit à une salle par mois pour faire des évènements ».

Nous, cela nous a rendus fous, au collège on sortait nos cahiers, en cours d’histoire on commençait à faire des plans de salle. On se demandait à quoi va ressembler notre évènement ? Qu’est ce qu’on va y programmer ? etc. Nous nous sommes improvisés organisateurs d’évènements, pour les gens de la commune mais aussi pour des gens qui seraient prêts à venir de loin pour participer à des tournois.

3 Hits Combo a un peu fait office de grand frère pour nous, parce qu’ils nous prêtaient du matériel, mais aussi un savoir-faire, ils nous aidaient dans nos questionnements, etc. On a très vite été intégrés à l’organisation du Stunfest sur les années à venir. C’est de cela qu’est né le projet en 2006.

 

Est-ce que ça a commencé sur un jeu en particulier ?

Ça a commencé sur du versus fighting. À l’époque le jeu qui a beaucoup émergé pour nous ça a été Super Dragon Ball Z. Un jeu sorti sur Playstation 2 qui reprenait les mécaniques de Street Figther 2. Quand je suis arrivé à Rennes, au début, tout le monde jouait à Street Fighter 3.3. Le jeu n’était pas sorti en France, ils jouaient tous à des versions japonaises avec des adaptateurs pour lire le jeu, je ne comprenais rien. J’ai joué contre eux et je me suis fait “laver” à chaque fois.

Street Fighter 3

 

J’étais aussi passionné de Dragon Ball et je rêvais qu’un jeu Dragon Ball soit reconnu par la scène du versus fighting. Budokai 3 et Tenkaichi ont toujours été un peu décriés. Puis, il y a Super Dragon Ball Z qui sort, notamment fait par des créateurs de Street Fighter 2, et c’est un jeu solide d’après ce qu’on voit dans les salles d’arcades japonaises. C’est un jeu qui a eu sa place dans le milieu compétitif pendant 1 an en France et qui a vite été remplacé par d’autres jeux avec plus de succès.

 

Après, de notre côté, nous sommes partis sur d’autres jeux. Parce qu’il y a eu Call of Duty Black Ops, nous avions des gens, localement, qui étaient moins investis sur le versus ; mais qui avaient envie d’avoir un lieu pour ramener leurs consoles, faire des tournois sur Call of, sur FIFA, sur PES, etc. On s’est dit « Il faut qu’on s’élargisse. Parce que l’on parle à des gens qui aiment le jeu de combat, mais en fin de compte ce qu’on veut, c’est que les gens de notre commune viennent participer aux évènements et que chacun s’y retrouve ».

Finalement, nous avons eu des gens d’autres villages qui ont ramené des consoles et qui ont participé à l’organisation d’évènements. Nous étions tous au même niveau, c’est-à-dire que nous étions tous organisateurs de notre petit truc dans un event qui grossissait d’année en année.

 

Justement, comment est-ce qu’on passe d’une association locale à une structure de plus grande ampleur qui organise des événements/tournois à travers toute la France comme ici à Reims par exemple ?

Concrètement, on va être honnête, nous n’avions jamais visé ce que l’on fait aujourd’hui. On ne voulait pas se déplacer sur des évènements partout en France, cela nous paraissait impossible, parce qu’on était ados et que notre truc c’était de se rassembler tous dans une salle et de s’éclater autour du jeu vidéo, à se faire des tournois, des animations etc. Par contre, notre premier vrai besoin en organisant des évènements, c’était d’avoir du matériel.

On devait se faire prêter du matos par des associations locales, par des amis ou autres. Je rentrais chez moi, je prenais la télé qui était dans la cuisine, la télé qui était dans la chambre de ma mère, dans la chambre de ma sœur, etc. Ils savaient que tous les mois c’était comme cela parce qu’on avait besoin de matériel. Pour les copains, c’était pareil. On était loin de l’idée d’intéresser des évènements autres que ce qu’on faisait nous-mêmes.

Puis en 2011 il y a eu la première édition du salon Art to Play à Nantes. Ils nous ont envoyé un mail en disant « On a vu que vous faisiez des évènements jeux vidéo. Nous on organise un salon dédié à la culture pop, dont le jeu vidéo fait évidemment partie, et on aimerait sonder un peu les différents acteurs du territoire sur ce que vous avez comme matériel ». Je leur ai transmis un listing de ce qu’on avait.

Puis, très vite, ils nous ont recontacté « Très bien, on voudrait un espace avec 30 ou 40 consoles de jeu, sur Art to Play 1ère édition ». Là, nous nous sommes dit « Wow, on va faire ce qu’on peut faire de plus gros à Pouancé, mais on va l’intégrer dans un autre évènement ». L’idée nous a paru un peu étonnante mais on a trouvé génial de faire ça. On n’avait pas le permis donc nos parents ont dû nous amener le matériel la première année, c’était assez rigolo. Toute l’équipe était constituée de bénévoles, très jeunes.

D’un seul coup on est passés du cap de joueurs/organisateurs de notre propre petit truc, à être prestataires pour un événement. C’est là qu’a été le déclic car faire des prestations comme on l’a fait à Nantes, cela nous a permis d’acheter plus de matériel. Puis, ils nous ont dit « Ce serait cool si vous aviez des simulateurs de conduite, des tapis de danse… » et c’est comme cela que nous sommes devenus une « offre » de prestation pour des salons.

 

Du jour au lendemain, on a commencé à prendre l’agenda, puis à cocher des dates. Les gens avec qui on travaillait auparavant continuaient de nous appeler. Cela a représenté, à un moment donné, un certain volume d’activité, ce qui a fait qu’en 2013 on a eu les premiers contrats en tant qu’association. À l’époque, François Hollande avait lancé les emplois aidés. Nous étions une structure très très faible économiquement. Les seuls revenus que nous avions étaient pour acheter du matériel et on n’en avait pas forcément beaucoup.

À ce moment-là, il y avait aussi des structures jeunesse comme les médiathèques, les services jeunesse qui voulaient faire des animations pendant les vacances. Mais, nous, pendant les vacances on bossait. Avec le volume d’activité qu’on avait, si on pouvait avoir une aide de l’État, avec les contrats aidés, ça allait pouvoir devenir une vraie activité professionnelle même si les débuts allaient être difficiles. Puis, cela a évolué et on a créé l’entreprise en 2018. Cela a continué après mais multiplié par 10, car aujourd’hui les villes s’intéressent beaucoup plus au jeu vidéo qu’il y a 15 ans.

 

Qu’est ce qui a changé dans la façon de gérer de l’esport et de la compétition entre hier en 2006 et aujourd’hui ?

Ce qui a changé, c’est déjà le terme. Parce qu’à l’époque on ne parlait pas d’esport. On parlait de tournois de jeux vidéo. Pendant très longtemps, en voyant le mot émerger, on se disait : « Ils mettent un mot sur des trucs, mais est ce que vraiment ils savent de quoi parlent ? ». Donc au début on était réfractaires, on trouvait ça… bizarre. Finalement on a compris, que nous mettions un mot dessus, mais que l’esport, c’était extrêmement large.

Il y en a sur tous les jeux, sous plein de formes différentes, il n’y a pas d’homologation officielle des compétitions. Cela fait parti de l’évolution du secteur du jeu vidéo et de sa professionnalisation. Avant, il n’y avait pas d’évènement à Reims, la première édition du Game in Reims date de 2017, c’est tard. Il y a beaucoup d’événements récents autour de la culture pop, beaucoup de nouveaux événements autour du jeu vidéo et de l’esport.

Pour l’esport, depuis 2 ou 3 ans, j’ai jamais eu autant d’appels disant « On est une ville, on a jamais rien fait autour du jeu vidéo, mais on a vu l’esport à la télévision, et on aimerait avoir un évènement esport dans notre commune pour les jeunes. Parce que les jeunes sont passionnés d’esport ».

Les scènes E sport parviennent aujourd'hui à rassembler du public à travers toute la France et d'évènement en évènement.

Les scènes esport parviennent aujourd’hui à rassembler du public à travers toute la France et d’évènement en évènement

 

Aujourd’hui il y a 7,2 millions de Français qui se disent intéressés par l’esport, pour regarder des compétitions ou y participer online ou offline. On sait bien que sur 7,2 millions c’est principalement du online. L’esport a donc beaucoup changé. Finalement, les tournois que l’on faisait avant, pour moi ils étaient du esport, mais les tournois que l’on organise aujourd’hui le sont aussi.

Ce qui a changé c’est qu’aujourd’hui il y a de la médiatisation, il y a des groupes privés qui aujourd’hui ont des intérêts à faire lever l’esport, il y a des constructeurs de matériel. Il y a tout un écosystème qui est en train de se constituer et qui évolue à vitesse grand V. Il y a l’entertainment avec Twitch qui diffuse des compétitions de jeux vidéo, cela se fait également à la télévision.

L’esport, c’est devenu sérieux, c’est devenu un vrai métier. Aujourd’hui quand tu en parles, les gens comprennent et respectent l’esport parce que c’est une industrie. Alors qu’avant quand on parlait de tournois de jeux vidéo, les questions que l’on me posait c’était « Ça existe ça ? Est-ce que c’est sérieux ? ».

 

Des pays comme le Japon ou la Corée du sud ont une attitude très différente vis-à-vis de l’esport. Quelle différence avec la France ?

C’est toute une culture pour eux. En France, c’est arrivé il y a pas mal d’années, sur PC. Sur console, c’est arrivé mais très récemment avec des jeux à succès, notamment des jeux comme Super Smash Bros Ultimate qui a rendu je pense l’esport accessible à tous. Avant cela se pratiquait sur des jeux où tout le monde n’avait pas forcément le support de jeu. Je pense, par exemple, à Starcraft, cela ne parle pas forcément à tout le monde. League of Legends, un peu plus mais cela reste sur support PC, tout le monde n’a pas forcément un PC chez soi, même s’il y a de plus en plus de consommateurs. Donc le jeu touche de plus en plus de monde, comme le jeu vidéo en général.

Starcraft, le célèbre RTS de Blizzard qui a fait a connu une vraie explosion en termes d'E sport. Notamment en Corée du Sud.

Starcraft, le célèbre RTS de Blizzard qui a fait a connu une vraie explosion en termes d’esport. Notamment en Corée du Sud.

 

Vous assurez également la diffusion en direct des évènements compétitifs, qu’est ce que l’arrivée de plateformes comme Twitch a changé à votre activité ?

Twitch, pour être honnête, moi j’ai pris le wagon très très tard. Ce n’est pas forcément quelque chose qui m’intéresse beaucoup. Je consomme du contenu sur Twitch pour me divertir. Nous avons créé une chaîne sur Twitch, uniquement pour diffuser des compétitions que l’on fait sur des évènements : Game in Reims, Japan Expo ou des évènements uniquement dédiés a l’esport.

On a rejoint récemment France Esports dans le but de créer, justement, le premier circuit départemental de notre département, dans le Maine-et-Loire. Pour ensuite créer une antenne régionale et homologuer à l’échelle des territoires et des bassins de population, des compétitions récurrentes. Elles permettront aux joueurs d’avoir accès à des palmarès pour ensuite être reconnus. On s’est dit que Twitch peut être un moyen pour ces jeunes-là, d’être reconnus sur la scène nationale.

Nous, on le voit surtout comme un support, un moyen de faire des choses au niveau évènementiel. Pour le divertissement, quand je travaille, je me mets un petit Twitch à côté c’est sympa. Mais, nous, dans notre activité on est vraiment sur de la compétition.

 

Vous essayez plutôt de créer un ancrage local ?

Oui, localement cela a un gros sens. Nous venons aussi sur des évènements pour mettre en avant nos autres activités. On veut que notre circuit départemental puisse s’exporter, inspirer d’autres structures avec lesquelles on puisse échanger, faire évoluer un vrai écosystème autour de cela.

Pour que demain, les jeunes ne soient pas en train de regarder des compétitions sur Twitch mais en train d’y participer. Parce qu’ils seront rentrés dans le réseau de Discord, Twitch ou autre qui leur aura fait connaître le circuit.

 

Que pensez-vous de la mainmise de certains éditeurs sur les scènes majeures de l’esport ? On pense notamment à Riot Games ou à Blizzard après le succès massif de Starcraft.

Je pense qu’il faut bien dissocier aujourd’hui l’univers du PC et de la console. J’ai toujours été un joueur console, j’ai découvert le PC très tard, il y a à peine 5 ans. Parce qu’il y a des jeux qui sont beaucoup plus performants niveau esport sur PC que sur console. Mais les jeux n’étaient pas forcément les mêmes et les éditeurs non plus.

Ce qu’on peut constater c’est que les compétitions sur PC ont existé depuis très longtemps. Elles ont rassemblé des centaines et des centaines de joueurs, notamment la Gamers Assembly depuis des années et des années. L’univers de la console est très différent parce que l’esport est arrivé tardivement. Aujourd’hui les éditeurs ont envie que leur jeu soit esport, donc ils vont plus facilement autoriser à organiser des tournois. Cela favorise les ventes, l’émergence de communautés, de compétitions récurrentes, et cela permet de faire vivre le jeu.

Je pense qu’aujourd’hui les éditeurs console, ont plutôt intérêt à aller vers l’esport. On le ressent, notamment avec Nintendo et leur Super Smash Bros. À un moment donné, ils interdisaient de retransmettre les compétitions sur Smash Bros Melee à l’EVO. Ils sont en train de faire machine arrière, maintenant ils veulent lancer des jeux esport.

Smash Bros Ultimate

Smash Bros Ultimate

 

On sent qu’il y a un peu d’hésitation mais en même temps c’est quelque chose qui apporte beaucoup. Je connais beaucoup de gens qui se sont mis à Smash parce qu’il y a beaucoup de tournois, une bonne communauté, que c’est un jeu compétitif, on peut le regarder sur Twitch et apprendre des autres. Je pense que l’univers de la console est beaucoup plus ouvert aujourd’hui par rapport aux tournois.

J’ai beaucoup de relations avec des éditeurs qui, justement, vont nous envoyer des jeux. Le week-end dernier, nous étions au Toulouse Game Show. Koch Media a souhaité que l’on fasse tester en avant-première King of Fighters sur le TGS et qu’on organise un tournoi dessus pour bien montrer aux gens que le jeu est esport. C’est également le cas sur Demon Slayer, qui à la base n’est pas forcément un jeu voué à être orienté esport mais ils ont voulu que l’on organise un tournoi.

King of Fighters 2016

King of Fighters 2016

 

Ils savent qu’aujourd’hui les gens sont intéressés par le fait de concourir sur des jeux, de s’affronter, etc. Ils avaient besoin que Demon Slayer soit mis en avant, donc on a fait un tournoi dessus, sur lequel la plupart des joueurs ne connaissaient pas le jeu. C’est aussi pour crédibiliser le jeu et se dire « si je l’achète, je vais m’investir comme je peux le faire aujourd’hui sur Smash Bros ».

Ils se basent aussi un peu sur Smash, parce que c’est simplement le leader sur le versus fighting, il a largement dépassé tous les autres. Ils essaient un petit peu de s’accrocher sur ce que fait Smash mais maintenant, il faut donner envie aux joueurs donc les éditeurs consoles sont beaucoup plus ouverts, les éditeurs PC beaucoup moins.

Je pense que c’est parce que c’est une industrie tellement énorme qu’ils n’aimeraient pas laisser les droits à des acteurs associatifs ou à des organisations privées de gérer ces circuits. Cela devrait se faire presque entre les États, ou entre les États et certains éditeurs de jeux vidéo. Sur console ce n’est pas du tout le cas parce qu’il n’y a pas tant de compétitions esport que cela,  justement.

Il y a juste un point sur lequel je suis un peu gêné par la situation actuelle depuis 4 ou 5 ans notamment sur l’esport. Avant, on pouvait brancher des consoles en réseau local, jouer avec les dernières mises à jour et faire des tournois. Aujourd’hui, il y a de plus en plus de jeux qui nécessitent une connexion internet en temps réel pour avoir accès à la dernière mise à jour, aux derniers personnages. C’est le cas de beaucoup de jeux. On ne peut pas avoir le « logo » esport, si on n’est pas connecté en temps réel.

C’est notamment le cas de FIFA, il faut avoir la dernière mise à jour. Pour les joueurs compétitifs sur FIFA, qui jouent tous les jours, il faut une salle fibrée, chose qui ne s’applique pas à beaucoup de salles, des abonnements PSN, etc. On s’achemine vers cela pour pas mal de jeux et j’ai un peu peur que l’on se dirige vers des obligations techniques plus contraignantes.

Fifa 2022

Fifa 2022

 

Comme on le voit avec League of Legends où, si on ne demande pas un deban IP, et qu’on branche plusieurs PC avec LoL dessus, on se prend un ban IP en plein tournoi. Parce qu’ils considèrent cela comme une attaque.

 

Est-ce que le fait que certains éditeurs poussent pour que leurs jeux apparaissent dans vos évènements, permet de créer des scènes esport pérennes sur ces jeux ?

Alors, ce qui est certain c’est que ça a créé des joueurs. C’est-à-dire que moi j’ai connu des gens qui me disaient qu’ils s’entrainaient plusieurs mois à l’avance dans le but de participer à nos tournois. Pour ce qui est de créer des communautés, c’est beaucoup moins sûr, parce qu’il faut que les joueurs se regroupent. Aujourd’hui, dans ce qui favorise la création de communautés, il y a Discord, Twitch, Internet au sens large.

Je pense que, nous, on ne crée pas de communauté mais on permet à des jeunes, des joueurs, de s’intéresser à des jeux, pour que, par la suite, ils découvrent eux-mêmes qu’il existe des communautés, et les rejoignent. On agrandit les communautés, mais on n’en crée pas. On crée de l’intérêt pour le jeu.

 

À l’opposé d’acteurs comme 2 Lives, concentrés sur les initiatives et le travail local, on trouve des structures étrangères. On pense notamment à ESL, qui organise aussi des tournois mais qui n’ont pas forcément cette notion que l’on évoquait, du maillage territorial. Comment vous situez-vous par rapport à ces structures ?

Aujourd’hui, on a besoin d’avoir des acteurs forts comme ESL pour démocratiser ces initiatives. C’est un énorme poids dans la perception du monde de l’esport pour les personnes qui ne le connaissent pas et le découvrent. C’est un poids qui est très intéressant comme projecteur sur ce qui peut se passer autour. Je ne mettrais pas en opposition les deux, au contraire, je dirais que le maillage se fait aussi par ça.

C’est ESL que l’on va retrouver sur TF1 à 20 heures, ce n’est pas 2 Lives. Donc, ce sont aussi les élus de certaines communes qui vont voir ESL sur le 20H de TF1 et se dire « Tiens j’aimerais bien un évènement esport pour ma ville ». Puis, ils vont contacter 2 Lives pour le mettre en place.

Cela contribue à l’écosystème, à la démocratisation et on est tous complémentaires. Tous les nouveaux acteurs ont un rôle à jouer. Après, je pense que la nature fera le tri. Si des acteurs n’apportent rien ou s’ils ne sont pas réellement intéressants, ou intéressés, demain ils n’existeront plus. J’invite un maximum d’acteurs esport à s’investir dedans avec plein d’idées !

Par exemple c’est grâce à des organismes comme France Esports, que des structures peuvent se découvrir, se retrouver. Ils organisent tous les ans un rendez-vous régulier où on se retrouve tous autour d’une table et on rencontre des gens que l’on aurait jamais connus autrement. La structuration permet donc de réunir les acteurs entre eux, pour faire des choses ensemble, parce que tout seul on fait rien.

 

Pour finir sur une note plus légère, qu’est-ce que cela fait de reprendre les compétitions physiques après 1 an et demi de COVID ?

La première chose que l’on ressent, malgré le masque, c’est le sourire, la chaleur de la rencontre. Tout est redevenu magique à partir du moment où on retrouve les gens. Parce que lorsque l’on est à distance, les gens peuvent s’entrainer en esport, faire des lives sur Twitch mais humainement, depuis la nuit des temps, on a besoin de se rassembler, de se retrouver.

C’est pour cela que les conventions cartonnent. Les gens ont besoin de se retrouver entre eux. On a le droit de partager exactement les mêmes goûts sur les mêmes choses, mais on a besoin de se retrouver. Pour moi, reprendre les conventions c’est tout simplement reprendre goût à la vie.

Jonathan Schifferling lors d'un évènement Mario Kart.

Jonathan Schifferling lors d’un évènement Mario Kart

 

Parce que tu as beau aimer le jeu vidéo, si tu le fais tout seul dans ta chambre comme je pouvais le faire quand j’avais 12/13 ans, avant d’organiser les premiers évènements, cela n’a quasiment pas de valeur, pas de sens, pas de goût. Alors que finalement le jeu vidéo c’est un support, pour se rencontrer humainement, découvrir des gens.

C’est ça la vie en fait, c’est rencontrer des gens, c’est se divertir, s’informer, changer d’avis, être en opposition avec les autres. Les meilleurs souvenirs tu ne les as pas tout seul, tu les as avec les gens.

 

Un grand merci à Jonathan Schifferling pour l’interview qu’il nous a accordée au Game in Reims. Excellente continuation à 2 Lives, aux entreprises et associations qui font vivre l’esport et le jeu vidéo compétitif en France, quelle que soit leur échelle.

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Laquenouilh

Diplômé d’école de journalisme de 22 ans avec une nette orientation PC malgré des débuts sur consoles Nintendo. Grand amateur de lore divers et variés et rôliste à mes heures perdues, je ne me suis toujours pas remis de The Witcher ou de la trilogie Mass Effect. Niveau MMO, inconditionnel de Guild Wars 2 où je fais des passages réguliers (chassez le naturel, il revient au galop). J’ai parcouru sommairement Azeroth et Tamriel mais ce sont deux univers qui ne sauraient être appréhendés en une seule vie à mon sens. Une attirance pour les récits fournis qui ne m’empêche pas d’écumer les matchmakings des quatre coins du monde avec un niveau approximatif que ce soit sur League of Legends, Wild Rift, Overwatch, Valorant ou d’autres. Pour conclure, j’ai une légère préférence pour les productions occidentales par rapport au Japon même si je sais me laisser surprendre par des licences nippones.

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