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Waika et Tchia pour la culture kanake

Les jeux Tchia et Waika, pionniers de la culture kanak

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Après avoir dressé il y a quelques jours l’état des lieux sur le développement de l’esport en Outre-mer, nous poursuivons notre série d’articles sur les DROM-COM avec deux jeux calédoniens. Explorant ses reliefs boisés, son paysage océanique et parfois même ses précieux fonds marins, deux créations vidéoludiques ont pour projet de faire le tour de la Nouvelle-Calédonie, pour y faire admirer sa géographie et son histoire. Tchia et Waika, chacun enfant de l’île, sont deux personnages qui revisitent les mythes et la culture kanak qui habitent l’archipel. Tchia est un projet du studio Awaceb de Bordeaux et Waika vient du studio éponyme implanté sur l’île. Premiers jeux vidéo à s’intéresser aux coutumes calédoniennes, ils sont pionniers dans une représentation ludique du passé mythologique et historique kanak.

Waika et Tchia pour la culture kanake

 

Petite introduction à la culture kanak

Exposition coloniale de 1931À 16 800 km de là, des terres françaises enclavent de riches lagons, caressent des récifs coralliens, et chatouillent nos rêves de métropolitains grisonnants. Si on prête volontiers à la Nouvelle-Calédonie des airs de carte postale, il ne faut pas oublier cependant que derrière ses beaux atours, l’archipel a traversé une histoire coloniale parfois sanglante.

La culture kanak, notamment, qui constitue l’histoire humaine et autochtone de l’île, a subi de violentes annexions, dépeuplement de ses représentants ou dévalorisation dans des zoos humains au nom de la République. La culture kanak réémerge depuis des accords en 1944 menant à davantage d’indépendance et l’île s’enrichit de nouveau de ses coutumes et traditions ancestrales.

Ces coutumes sont très importantes pour la population de l’île, puisqu’elles définissent depuis près de 3000 ans – arrivée des premiers navigateurs austronésiens – les rapports entre les clans, le rythme d’une existence, la hiérarchie entre les individus et toute la cosmogonie mythique qui détermine aujourd’hui la relation respectueuse des kanak avec leur environnement.

Monnaie Kanak

Monnaie Kanak

On distingue sur le territoire calédonien des “aires coutumières“, autrement dit des zones linguistiques et culturelles marquées. Ces aires rassemblent plusieurs clans, qui sont eux-mêmes rassemblés sous une chefferie qui compose alors une tribu. Pour organiser ces tribus, une grande chefferie se distingue au sommet de la hiérarchie kanak, qu’on appelle aussi district coutumier (subdivision de l’air coutumière). La hiérarchie est une notion très prononcée dans la culture kanak, et au sein même des clans chacun joue un rôle et s’adresse aux ainés avec humilité.

Ces relations sont empreintes de coutumes et la prise de parole est régie par un procédé de présentation de soi, de son clan et de ses ancêtres. Cette parole est sacrée, car elle est la forme que prend l’esprit dans un corps, d’où l’importance et la ténacité des contes oraux kanak. Chaque discours est considéré comme un don, et pour sceller cet échange des objets sont souvent déposés, geste matériel qui illustre l’échange spirituel. C’est le cas de la monnaie kanak, objet cérémonial fait de coquillage, os et laine, qui enferme l’identité du clan et des ancêtres.

Pour en savoir plus, le site Coutume Kanak approfondit ces notions, et précise notamment les objets cérémonieux qui marquent l’importance de la relation de l’individu avec l’île, comme le caractère quasi sacré de l’igname.

Aires coutumières kanaks

 

Waika, le voyage mythologique

La cosmogonie kanak comme fondement

Waika l'enfant dieuWaika l’enfant Dieu, plonge profondément dans les entrailles coutumières de la Nouvelle-Calédonie et fait remonter de celles-ci des contes oraux emblématiques, ainsi que des langages kanak variés. Le studio Waika, constitué d’une petite équipe de sept personnes, s’est engagé dans un travail de valorisation du patrimoine kanak important, notamment avec la collaboration de l’Académie des langues kanak et l’ADCK (le centre culturel Tjibaou).

C’est essentiellement auprès de l’ADCK que Julien Del Valle, co-concepteur de Waika, puise son inspiration, puisque le centre culturel rassemble et recense la plupart des contes kanak dans leurs langues d’origine. C’est notamment le cas de la légende de Téâ Kanaké, qui introduit à l’origine le monde visible (celui des vivants) et invisible (celui des esprits et des morts). Mythe fondateur de la culture kanak, il introduit l’igname comme offrande sacrée, le bestiaire de l’île avec ses symboliques (lézards, poissons, serpent, etc.), la vie en société, etc.

Le jeu Waika ouvre cet univers de l’invisible et des morts lorsque, en pleine partie de chasse avec son frère, notre personnage, Waika, touche à un casse-tête (une arme kanak) enfouie depuis longtemps dans une caverne. L’objet appartenant à Téâ Kanaké, il fait surgir dans le monde des vivants les esprits, et avec eux la guerre entre les clans.

Le rite initiatique de Waika

Mythe de Téa Kanaké en statues ancestrales

Le Mythe de Téâ Kanaké

Pensé en quatre épisodes, il s’agira pour Waika de réparer ses torts, en visitant les différentes aires coutumières de la Nouvelle-Calédonie. Son aventure l’amènera à maitriser les différentes langues kanak, mais aussi à combattre les morts. Comme cette odyssée prendra du temps, le jeune Waika grandira au fur et à mesure des épisodes, le voyage étant aussi celui d’un enfant vers l’âge adulte.

En vue isométrique, ce petit jeu d’exploration et d’aventure baigne dans une atmosphère qui rappelle Dofus ou Wakfu avec un style graphique très coloré signé Romain Flamand. Le gameplay, quant à lui, rappelle le voyage initiatique que l’on a pu vivre dans les premiers Zelda et les combats ont tendance à faire penser à Diablo.

Dans une tentative d’englober tous les paysages de l’archipel, l’équipe de Waika Studio a souhaité donner une impression de monde ouvert, aux reliefs florissants, nous détournant parfois de notre chemin, pour apprécier notamment les majestueuses forêts de mangroves. Waika c’est au final une introduction fabuleuse à l’écosystème de l’île, en même temps qu’une invitation pédagogique à mieux connaître la culture kanak.

 

La narration moderne de Tchia

Une liberté onirique

Tchia à l'oeil vertEn développement chez le studio bordelais Awaceb depuis quatre ans, Tchia partage ce goût d’une aventure très libre. Le jeu nous transporte dans la peau d’une jeune fille qui a l’intéressante capacité de s’incarner dans des animaux et objets. Un oiseau, un crabe, un chien ou même un pneu, par cette transportabilité de l’avatar le gameplay se veut extrêmement rapide, invitant à explorer un monde véritablement ouvert. Aux airs bucoliques et enchantés, l’univers d’Awaceb est proche du rêve, où notre esprit peut rebondir sur les éléments qui nous entourent.

Le studio insiste également sur les capacités très allègres du personnage et l’enjeu poétique de son exploration. Cette grande aventure fait penser inévitablement à Zelda: Breath of the Wild dans son esprit d’évasion des grandes plaines. Mais on constate également une part de narration importante dans Tchia, menant la jeune fille à faire des rencontres inhabituelles, posant peut-être la question de la norme, et tissant des relations fortes.

Cela rappelle sans nul doute Life is Strange, où les personnages sont ballottés dans un drame adolescent, et sortent grandis de cette aventure par les relations qu’ils ont tissées. Il faut savoir qu’Awaceb a l’habitude d’installer cette dynamique narrative dans ses jeux, Fossil Echo proposait déjà en 2016 une narration contemplative, c’est-à-dire sans interactivité et qui prenait la forme de cinématiques en dessins animés. Avec Tchia, le studio semble déterminé à présenter un objet vidéoludique ambitieux, plus abouti que Fossil Echo dans son gameplay, mais aussi très riche dans sa construction scénique.

 

Une reproduction contemporaine

Le rocher de la poule Hienghène en Nouvelle-Calédonie

La poule Hienghène

À ce sujet, Awaceb a tenu à élaborer un vrai travail de reconstitution géographique en introduisant certains lieux qui forment l’esprit de la Nouvelle-Calédonie. C’est par exemple le cas du rocher Hienghène (surnommée aussi la poule), la roche percée, l’île Ouvéa ou la forêt noyée.

L’engagement de l’équipe dans la reconstitution va plus loin, puisqu’en 2019 une partie d’Awaceb a voyagé en Nouvelle-Calédonie afin de réaliser des captations de musiques, voix et sons kanak. À ce propos, Tchia est doublé intégralement en drehu, un dialecte kanak issu de l’île de Lifou, très probablement l’île dont est originaire la jeune fille.

Malheureusement, la communication se veut ténue sur l’histoire qui sera proposée et on ne sait si celle-ci séjournera dans les contes kanak. On devine, au regard des images, une quête ancestrale, en même temps qu’une fuite pour la jeune fille, échappant à un personnage aux airs de pirate moderne. Par ailleurs, on constate que contrairement à Waika, Awaceb a fait le choix d’une temporalité très actuelle. Tchia est à la fois une belle visite paradisiaque de ce bout du Pacifique, mais est aussi une immersion dans la réalité minière et urbaine de l’île. La jeune fille parcourt quelques villages désolés (la Nouvelle-Calédonie concentre sa population à 66% dans l’agglomération de Nouméa et laisse des territoires parfois abandonnés), et semble s’intéresser de près aux mines et aux usines de nickel de l’île.

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L’illustration de deux traitements économiques différents avec Waika et Tchia

De l’importance de bien choisir ses sources de financement

Avec les deux studios qui sont derrière Tchia et Waika, on peut constater deux progressions antagonistes, des rapports différents à la culture ancestrale et surtout des choix de financement variés. Et pour cause : Waika Studios est un studio tout à fait local, situé à Nouméa. Il a certes pu profiter du soutien du centre culturel Tjibaou et de l’Académie des langues kanak, mais leurs apports ont été avant tout culturels, par souci de faire ressurgir une mythologie ancestrale au plus près des textes.

Du point de vue financier, Waika a pu être alimenté à l’aide d’un crowdfunding en 2019 (sur la plateforme Wawa), mais force est de constater que le jeu étant en développement depuis 2018, avec une sortie toujours reportée (d’abord prévue pour le 1er semestre 2020, puis pour décembre 2020), les fonds récoltés n’ont pas été à la hauteur.

Le studio Awaceb derrière Tchia profite d’un soutien culturel similaire, avec le Bureau d’accueil des tournages de la province sud de la Nouvelle-Calédonie, qui a permis la captation des comédiens et musiciens kanak. En revanche, selon la chaine d’information La 1ère, le studio a pu vivre d’investisseurs canadiens, mais a aussi profité du fond de financement Kowloon Nights. Rajoutons à cela que sa situation géographique bordelaise lui permet de jouir d’une main-d’œuvre jeune et hautement qualifiée, l’équipe de quatorze personnes derrière Awaceb a alors tous les outils en main pour évoluer rapidement et efficacement.

Centre culturel Tjibaou

 

Un contexte particulier : la course au numérique en Nouvelle-Calédonie

Il faut prendre en compte, également, une récente histoire du numérique en Nouvelle-Calédonie, parfois source d’incompréhension des agents publics face à la filière vidéoludique.

Câble sous-marin pour la fibre

Le réseau de fibre sous-marin Gondwana

Jusqu’en 2008, la Nouvelle-Calédonie ne profitait d’internet que par une bande passante très coûteuse par satellite. C’est pourquoi le gouvernement a décidé de débuter des travaux, afin de se raccorder au réseau haut débit par câble fibre optique à l’Australie (câble nommé Gondwana). Cependant, alors qu’en France métropolitaine on débute un passage au tout numérique dans le service public (avec un parc informatique déjà bien installé), la Nouvelle-Calédonie constate que son administration est en retard, avec une absence de matériel informatique.

Loin d’être inactif face à cette situation, le gouvernement calédonien lance en 2011 une grande transition numérique, via notamment la création de l’EcoNum (Cellule Économie numérique) et de l’Observatoire Numérique. Ces deux instituts ont pour mission d’accompagner et d’aiguiller le gouvernement sur ces questions, avec pour mission prioritaire le passage au tout numérique pour les organismes d’État (ce qui dégagerait une économie de 83 millions d’euros).

En 2013, c’est carrément un plan stratégique qui est voté, le PSEN (plan stratégique pour l’économie numérique), qui prévoit de rattraper les pays avoisinants dans leur modernité. À partir de 2015, l’Office des Postes et des Télécommunications propose un plan sur onze ans, afin de fournir tous les foyers calédoniens en fibre optique, et en 2021 les services publics sont équipés à 100% en matériel informatique. Il reste des efforts à fournir, mais la Nouvelle-Calédonie a pris des mesures très rapides pour se moderniser, devenant en 2020 le troisième territoire numérique océanique (derrière l’Australie et la Nouvelle-Zélande).

Cette rapide transition voit l’émergence de formations diplômantes, comme l’ouverture de l’IUT en 2015 et sa branche MMI (Métiers du Multimédia et de l’Internet). En 2020, c’est l’école du Design qui ouvre ses portes à Nouméa.

Baromètre numérique Nouvelle Calédonie

Issu du baromètre numérique 2018

 

Bientôt une vraie filière vidéoludique calédonienne

Pour autant, cette transition numérique s’est focalisée sur la modernisation du territoire, et vise dans son plan stratégique à créer des emplois dans la communication (les formations citées sont orientées vers ce domaine de métiers).

Julien Del Vall témoigne ainsi du désœuvrement des services publics face à la filière jeu vidéo, domaine apparu très récemment dans le paysage professionnel calédonien :

“Il reste beaucoup de choses à faire, car on a eu des difficultés avec la province sud, la Case [dispositif Case Numérique visant à créer des espaces publics numériques] pour obtenir des subventions, parce que c’est tellement nouveau le jeu vidéo ici que les institutions n’avaient pas de catégorie. À titre d’exemple, le numéro de la société est 001, pour dire qu’elle est la toute première société de jeu vidéo en Nouvelle-Calédonie.”

C’est la raison pour laquelle Waika Studio peine tant à se faire entendre des investisseurs publics, ralentissant inexorablement son développement. Cependant, la filière est en plein essor, avec 482.7 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2016 et une croissance douce. À cause d’une transition trop rapide, elle peine à constituer une main-d’œuvre qualifiée et dense, avec (en 2018) 88 demandeurs d’emplois pour 140 offres déposées concernant la filière.

Il s’agissait, pour le gouvernement calédonien, de réagir rapidement dans les années 2010 à une demande grandissante, mais aussi à une crise qui attaquait ses fondements économiques. Rassemblant 7% de l’or vert du monde (nickel), la Nouvelle-Calédonie s’est toujours focalisée sur le traitement et l’exportation du nickel pour sa prospérité. Mais en 2012 le cours de Nickel s’effondre, divisant par deux sa valeur entre 2011 et 2016. L’euphorie autour des usines métallurgiques a laissé place à l’inquiétude, sonnant l’urgence de créer d’autres filières économiques, d’où un développement zélé du numérique (avec également des filières inédites comme la protection de la biodiversité, les énergies renouvelables ou l’économie bleue).

Usine de Nickel dans Tchia

Une usine de nickel dans Tchia

 

Wakia et Tchia : culture ancestrale contre culture contemporaine kanak

Les deux créations indépendantes Tchia et Waika auront essuyé un véritable parcours du combattant dans leur développement. Elles sont deux exemples très différents des possibilités qui s’offrent aux studios de jeu vidéo en Outre-Mer, entre financements internationaux d’organismes privés et soutiens de l’économie locale.

Waika se démarque par une revisite pédagogique des mythologies kanak, avec l’authenticité des textes ancestraux comme support de création, menant un travail historique ambitieux depuis 2018. Graphiquement très prononcé et envoutant, il a cependant sacrifié un travail sur son gameplay, qui aurait pu lui conférer un aspect ludique plus dynamique et à la hauteur des créations vidéoludiques d’aujourd’hui.

D’une autre façon, Tchia semble avoir préféré une immersion contemporaine, donnant à voir une île pluriethnique, où la culture kanak fait figure d’environnement sacré aux secrets insondables. Le studio a concentré son intérêt sur le caractère ludique de leur création, formulant une interactivité spirituelle et physique du personnage avec l’archipel.

 

On espère pour ces deux projets une concrétisation en 2021, qui marquera l’entrée de la culture kanak et calédonienne dans le support vidéoludique. Ce sera à la fois un événement pour la mise en mémoire de la coutume et une communication à l’international sur l’identité calédonienne.

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Phebus

J'aime me plonger jusqu'à l'os dans des choses que je ne connais absolument pas, pour rester curieux de tout, toujours le poing levé comme disait une chanteuse de mes folles années de jeunesse. Sinon je fais partie de cette secte, toujours plus réduite, qui croit en la sortie d'un Half-life 3 depuis vingt ans. J'ai cependant d'autres religions comme Dear Esther, Denis Villeneuve, Alien, les chats, le Japon ou la cuisine. Touche-à-tout en jeux vidéo, j'ai tout de même mes limites quand il s'agit de taper dans le ballon rond ou m'infliger du golf ô combien dynamique. Entre toutes ces choses, j'aime malgré tout un peu d'instinct primaire, en me défoulant sur un FPS en ligne, ça finit toujours une journée en beauté. J'aime à penser que j'aurai pu faire une carrière inimaginable dans l'Esport et devenir celui qui connaît le jeu vidéo mieux que tout le monde (pathétique fierté humaine).

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