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RH et mixité dans le jeu vidéo : “Le service des ressources humaines est le reflet de sa direction”

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Dans le cadre de notre dossier en plusieurs parties sur l’affaire Ubisoft, une femme travaillant dans le secteur vidéo-ludique a accepté de témoigner anonymement sur ses conditions de travail et de parler du rôle des ressources humaines dans une entreprise.

 

Bonjour, peux-tu te présenter ?

J’ai 26 ans et depuis mes premiers stages en entreprise je suis dans le secteur du jeu vidéo. J’ai commencé en tant que Community manager, puis responsable communication et enfin responsable des ressources humaines.

 

Qu’est-ce qui t’a dirigé les ressources humaines ?

Au moment de choisir pour mes études supérieures, j’hésitais entre la communication et les ressources humaines. J’ai finalement choisi la communication pour sa dynamique créative, en me disant que je pourrais éventuellement bifurquer vers les ressources humaines plus tard dans ma carrière. Il me semblait aussi que devenir RH après avoir travaillé dans d’autres services était un gros plus, on connaît la réalité du terrain.

Après mes expériences variées en entreprise, j’avais envie de travailler au bien-être des employés et que cela se reflète sur l’image de l’entreprise à l’extérieur. J’ai profité d’avoir quitté mon précédent emploi et du confinement pour me former aux ressources humaines et ai trouvé un nouveau poste après un changement de région.

 

Pourquoi vouloir être RH dans le secteur du jeu vidéo ?

C’est tout simplement le secteur dans lequel j’ai le plus l’habitude de travailler. La tech en général ou la formation aurait fonctionné aussi, mais j’ai eu la chance de trouver un studio de jeux étant prêt à m’accueillir !

 

As-tu eu des difficultés particulières dans ton poste actuel ou un précédent ?

À mon poste actuel, non. J’ai débuté dans cette entreprise il y a un mois. Elle me semble inclusive, bienveillante. À voir sur la durée mais je pense être bien tombée. Par le passé, j’ai déjà subi du harcèlement ainsi que des remarques sexistes et un manque de reconnaissance.

Je vais fournir quelques exemples arrivés au cours de ma carrière (dans différentes boîtes, certaines plus toxiques que d’autres mais je ne donnerai pas de noms, même dans des entourages majoritairement bienveillants on arrive à trouver de la toxicité…) :

  1. des remarques sexistes sur mon physique et celui de ma collègue. Nous étions deux femmes dans l’entreprise, difficile donc de se tromper sur les destinataires de ces réflexions : on devrait “mettre des photos des filles de la boîte sur les réseaux, comme ça les joueurs commenteraient leur physique sur les posts et ça boosterait notre engagement” – entendu au Marketing / reporté par un collègue ;
  2. toujours au marketing : demander aux filles de la boîte de répondre à un questionnaire sur un nouveau jeu targettant – je cite en anglais – les “non-mâle and hyper casuals gamers sans se renseigner au préalable si elles faisaient effectivement partie de cette cible (évidemment, non, nous étions en immense majorité des joueuses plutôt hardcore, mais les clichés ont encore de beaux jours devant eux…) ;
  3. le chef d’entreprise m’a demandé devant toute la boîte si “j’étais enceinte, simplement car je ne prenais pas de coupes de champagne mais du jus de fruit. Bien que je lui aie déjà mentionné à plusieurs reprises que je ne buvais jamais d’alcool ;
  4. j’ai subi du harcèlement moral de la part d’un collègue plus âgé (mais moins expérimenté au poste car en reconversion) que je devais former. En résumé, il était très paresseux, accusait ses collègues, se permettait des commentaires déplacés sur le fait que je sois une femme, remettait tout ce que je faisais en question et espionnait ma vie privée pour la divulguer à mon supérieur hiérarchique (qui n’avait pourtant rien demandé) afin d’essayer d’attirer ses faveurs. Les RH ont été très bien avec moi suite aux reports effectués et l’ont remercié avant la fin de sa période d’essai.
  5. subi du harcèlement moral de la part de mon chef d’entreprise pendant des mois (j’ai failli faire un burnout et ai dû quitter mon emploi), rien n’était jamais assez bon, impossible de proposer quoi que ce soit (donc perte de confiance), obligation de se plier à ses exigences pour tous les projets (et ne pas être écoutée lorsqu’on dit non). J’ai passé des mois entiers à travailler entre 50 et 90h la semaine car il exigeait toujours plus, quitte à m’humilier publiquement si quelque chose n’était pas fait ;
  6. subi du harcèlement sexuel de la part de mon stagiaire (oui, contre toute attente ça arrive aussi dans ce sens…). Le report a été effectué et il a été changé d’équipe mais pas renvoyé. Rien n’apparaît sur son évaluation de stage car il avait été recruté par copinage.

 

Ton entreprise actuelle a-t-elle une parité hommes/femmes équivalente ?

Elle n’est pas encore équivalente, mais la direction pousse vraiment au recrutement de femmes et de profils dits “de minorités” (dans le respect de la loi bien entendu).

 

Est-ce ton service RH qui s’occupe de gérer les problématiques liées au sexisme ? Si oui, comment le faites vous ? La direction a-t-elle son mot à dire ?

Oui. La boîte étant petite, le CEO et moi-même travaillons ensemble sur les thématiques des ressources humaines. Il est extrêmement bienveillant et à l’écoute, en particulier sur ces thématiques. Je n’ai pas encore eu à l’expérimenter puisque je viens d’arriver dans cette entreprise, mais je suppose que pour tout problème nous échangerons et prendrons une décision de concert.

En revanche, nous avons eu le cas d’un stagiaire se disant “malade de stress” à gérer (à cause de ses projets personnels à côté du poste occupé chez nous) et avons justement parlé de la marche à suivre ensemble. Je suis, depuis le départ, notifiée et interrogée pour tout ce qui touche aux décisions RH, c’est très appréciable et rassurant.

 

Penses-tu que la lutte contre les discriminations est un sujet important chez vous ? As-tu les moyens nécessaires pour t’en occuper ?

Bien sûr. Nous avons une tolérance zéro pour ce genre de comportements, nous l’inscrivons dans nos valeurs d’entreprise, y faisons attention lors de nos recrutements et œuvrons chaque jour pour construire un environnement inclusif et bienveillant pour chacun. Ce n’est pas une mince affaire, évidemment. Cela passe par des tas de choses. Nous avons des discussions très ouvertes sur la question, essayons de nous améliorer petit à petit.

Nous luttons également contre les discriminations au sein même de nos communautés (celles des jeux que nous développons) en inscrivant dès nos règlements que nos espaces de discussion sont des espaces où les discriminations quelles qu’elles soient sont prohibées… et nous nous y tenons.

Je ne dirais pas que j’ai les moyens, en temps ou financiers, pour m’en occuper comme je l’aimerais, car il y aurait une infinité de choses à mettre en place, mais je ne suis pas non plus une spécialiste de la question. J’aimerais si possible me former dans ce domaine pour mettre des choses en place au fur et à mesure que l’entreprise grandira. Je sais, en tout cas, que j’aurai le soutien de mon entreprise pour le faire.

 

Penses-tu que les services des ressources humaines de grandes entreprises sont impliquées, de près ou de loin, à la mise en place d’ambiance de travail toxique ?

Bien entendu, mais je pense qu’elles le sont de façons différentes. Il y a ceux qui contribuent passivement, comme ceux qui voient mais font l’autruche car ce n’est pas “la politique de l’entreprise” ou “pas facile à gérer”. Il y a ceux qui aimeraient faire quelque chose mais qui ont peur pour leur job et/ou se font menacer par leur hiérarchie. Il y a ceux qui sont débordés car en sous-effectif et ne peuvent pas tout gérer… Et il y a ceux qui contribuent activement à la toxicité en étant eux-mêmes des employés toxiques.

Pour moi, le service des ressources humaines est le reflet de sa direction. Il n’est pas le seul fautif dans l’histoire. Si la direction ne cherche pas à créer un réel environnement sain et bienveillant, souhaite promouvoir par copinage, laisse passer des déviances par copinage et détourne les yeux, cela ne laisse pas aux RH une réelle autonomie et une force de décision effective. Alors on obtient un environnement très toxique contre lequel il est difficile d’agir (spécialement dans les entreprises implantées depuis des années / décennies) qui est également subit par l’équipe RH.

Après, je pense qu’il doit exister des services RH étant à la source du problème (exemple : un(e) DRH tyrannique avec trop de pouvoir donné par la direction), mais je ne saurais pas l’assurer, j’imagine simplement que cela existe.

 

Penses-tu que, par rapport aux dernières actualités, les entreprises auraient pu faire plus pour protéger les employés ?

On peut toujours faire plus “en théorie”. Disons qu’en tant qu’individu on ne peut pas forcément faire plus et que l’on a des problématiques propres à soi (exemple : si je parle et décide d’agir contre ma hiérarchie, je perds mon job, puis mon appartement… il y a donc des implications supplémentaires aux implications morales). En tant que service par contre oui, il y a moyen de “faire front” et donc de faire plus à mon sens.

 

As-tu des commentaires, des choses à me dire ? Quelque chose qui te tient à cœur ? Lié ou non aux RH, aux soucis dans le secteur

Ouais ! J’ai du mal à comprendre pourquoi Ubisoft propose un personnage jouable féminin ou masculin, dans le nouvel Assassin’s Creed, si c’est pour ne marketer quasiment que du contenu autour du personnage masculin (deux poids, deux mesures…). C’est déjà bien qu’il y ait enfin un perso jouable féminin bien entendu (et pas seulement par séquences) mais ils pourraient faire tellement mieux !

Je voudrais aussi rajouter que c’est assez difficile mine de rien de recruter des femmes ou des personnes dites “de minorités” pour promouvoir la mixité et la diversité. Le souci ne vient pas que de l’entreprise mais dès l’école, dès l’orientation… et je dirais même depuis l’enfance (quand on offre une console à un petit garçon mais une poupée à une petite fille… ou quand l’accès au matériel informatique etc. n’est pas aisé pour certaines catégories de la population.

Il y a tout un travail à faire pour que ces personnes s’orientent dans les métiers du jeu vidéo et se sentent légitimes d’étudier / travailler dans le secteur. Du coup, quand tu reçois des candidatures par exemple, à la fois tu es tenu par la loi de ne pas utiliser de critères discriminants (comme chercher que des candidatures de femmes)… mais en même temps tu reçois aussi peu de profils. Oui, j’aimerais vraiment pouvoir recruter une femme, ou une personne transgenre, ou toute autre minorité pour contribuer à la fois à la diversité dans mon entreprise et à promouvoir la diversité dans l’industrie… mais j’ai le devoir légal de sélectionner le meilleur profil tout genre et autres critères confondus car il n’y a bien sûr pas que le genre.

 

Peux-tu nous donner un mot de la fin ?

J’aimerais finir en disant que malgré tous ces constats, je reste positive quant à l’évolution du secteur. On a vu ces dernières années de nombreuses personnes qui osent parler et dénoncer lorsqu’il y a des abus, ce qui n’était pas forcément le cas auparavant. 

On touche également un public plus large – et jeune – grâce aux réseaux sociaux. J’ai bon espoir que ces électrochocs vont permettre à terme de (re)construire sur de meilleures bases. De même, j’espère voir dans les 10 prochaines années une diversité et une mixité décuplée au sein des entreprises, tout comme dans l’esport. 

Il faudra cependant que les prochaines générations arrêtent d’être constamment soumises à des choix genrés / stéréotypés et qu’on continue de mettre en avant des modèles variés.

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BananeEnPyjama

Passionnée de tout et n'importe quoi mais surtout de SPOILER : jeux vidéo et cinéma. Principalement joueuse de FPS, tryhardeuse on peut parfois me confondre avec une banane plantain. J'aime l'e-sport, j'ai énormément (trop) suivi feu Overwatch et comble le manque avec le nouveau bébé de Rito : Valorant. J'ai commencé mon addiction avec les célèbres Beyond Good & Evil, dont j'attends avec impatience le 2, Medievil (rip son remaster...), Crash Bandicoot, SLy Cooper, Ratchet&Clank bref vous aurez compris les jeux phares de la Playstation 2.

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