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Logo de Bouftang

Bouftang, le poisson-globe fédérant la Réunion

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Si vous êtes passionnés de tétraodontidés (ndlr: poisson-globe) ou travaillez dans une poissonnerie, peut-être qu’en évoquant “le syndicat Bouftang” vous imaginez derrière cette appellation un collectif de petits pêcheurs de palangres, défendant corps et âmes le littoral réunionnais contre les grands chalutiers qui causent la ruine des fonds marins de l’océan indien. Mais dans ce cas là, que fait un tel article ici ? Jeu.Video a-t-il décidé de se transformer en Pêche et Nature ? Rassurez-vous, ce n’est rien de tout cela, car le syndicat Bouftang réunit les professionnels réunionnais du jeu vidéo. Et si son nom évoque un poisson en forme de ballon, c’est pour mieux illustrer la proportion toujours plus importante qu’il acquière sur l’île. Dans la suite de notre dossier sur l’Outre-Mer, on se penche sur la situation réunionnaise, portée par le collectif Bouftang.

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Bouftang aux rênes du cluster réunionnais

Rassembler pour mieux représenter

En 2014, Bouftang n’était pourtant pas grand chose, si ce n’est une idée en germination de quatre amis : Loïc Manglou, Thierry Brochart, Laurent Bouvier et Rodolphe Bax. Issu de feu le géant Infogrames, Thierry Brochart évoque avant tout le projet comme une solution aux étudiants réunionnais. Ceux-ci, en sortie de l’ILOI (Institut de l’Image de l’Océan Indien), se trouvaient en effet souvent désolés, au beau milieu du désert professionnel de l’île, dénué d’oasis vidéoludique, avec pour seule ressource un diplôme fraîchement acquis.

“À l’international, le jeu vidéo est en très forte croissance, il génère beaucoup d’emplois ! […]. C’est pour donner un avenir à nos jeunes diplômés que l’on a décidé de se réunir et de développer ce secteur qui a un fort potentiel mais qui n’existe pas encore localement”

Les solutions, alors, étaient assez pauvres : mener sa barque à l’étranger, ou demeurer sur l’île en s’orientant vers les autres carrières du numérique (télécommunication, distribution, etc.). Dans tous les cas, c’est un déchirement, à la terre, ou à ses rêves professionnels. La création de Bouftang intervient alors dans une tentative de conserver les talents de l’ILOI, en fuite chez Ubisoft et ses pairs.

Pour y parvenir, le collectif développe un esprit fédérateur, appelant tous les acteurs de la filière réunionnaise à se rassembler sous la bannière du poisson-globe. L’année suivante, en 2015, l’objectif est déjà rempli haut la main, avec une quinzaine d’acteurs qui se rallient au mouvement. Cependant toutes micro-entreprises, ces structures ont la peau fragile, avec souvent le fondateur comme seul artisan de l’entreprise.

Fédérer c’est alors se faire entendre, afin de susciter la solidarité de plus gros poissons. Bouftang se pose en porte-parole de la situation réunionnaise, mais aussi porte-étendard : en 2018, sa présence est remarquée au Game Connection de Paris, le salon professionnel qui génère contrats et rapprochements entre les industriels. Puis en 2021, le SNJV se lie en partenariat avec Bouftang, offrant à celui-ci le statut de SNJV Région Réunion.

Rassembler pour mieux produire

Pour des acteurs attachés à leur ilot indien, Bouftang parvient assez aisément à stimuler un nouvel espoir sur les terres réunionnaises. Mais un besoin essentiel de l’industrie vidéoludique ne peut malheureusement pas être comblé avec la meilleure volonté. Et force est de constater que ces professionnels, soudés dès 2015, ont grand besoin d’une solution tout à fait concrète : l’argent. Car sur l’île de la Réunion, on ne compte que très peu de financeurs, voire aucun éditeurs.

Il faut bien l’avouer, dans les années 2014-2018, la Réunion en est encore à ses débuts en matière de bouillon savoureux du jeu vidéo. Bouftang rassemble ainsi les ingrédients, c’est à dire les talents et les capacités de l’île, qui feront envie aux financeurs, afin que ceux-ci voient sur ce terrain volcanique un marché sur lequel se positionner. Pour autant, le premier allié demeure l’état qui, face à l’essor international du jeu vidéo, a une carte à jouer sur le plan régional. C’est donc tout naturellement que Bouftang et le conseil régional commencent des négociations.

En 2019, un événement providentiel accélère les démarches. En effet, le footballer réunionnais Guillaume Hoarau intervient pour parrainer le collectif, offrant une mise en lumière très vertueuse sur l’initiative. Sa générosité s’était aussi portée sur Pitaya, premier grand studio de la Réunion à pouvoir embaucher, qui a pris forme en juin dernier, et dont l’histoire et les projets sont à retrouver dans un article précédent.

Octobre 2019, les Fonds de soutien aux jeux vidéo voient le jour : une aide à la conception de 3000€, une aide au prototypage de 25 000€ et une aide à la production de 50 000€. Ce financement tient déjà ses promesses, avec cette année 4 prototypages suivis par la Région selon Loïc Manglou, dont Favor de Firebrain et King Kaf de That Creole Games. Concrétisation ultime du projet Bouftang, l’organisme se dote d’un lieu de co-working en 2020. Situé aux portes de l’ILOI, il croise les compétences des débutants et des plus aguerris, et permet aux étudiants en fin de parcours d’engager, de façon sereine, un pied dans le réseau professionnel. Enfin, des Game Jams sont organisés régulièrement par le syndicat, les plus connues étant la Volcano Game Jam et la Global Game Jam, qui permettent de faire se rencontrer tout ce petit monde autour du processus de la création.

Un puits artistique qui prenait la fuite

A l’origine : un bon appui technologique

Si Bouftang a le mérite d’avoir emmené la filière vers des lendemains réunionnais qui chantent, il faut noter que l’île s’était préalablement pavé du meilleur terreau possible. En effet, parmi les outre-mers, la Réunion est de façon remarquable la mieux exploitée dans l’industrie numérique. On le remarque également dans l’e-sport, où la terre du piton est intimement accompagnée par Orange pour créer ses propres compétitions, les Run Esport Series. Notre dossier détaillant les initiatives en la matière dans l’outre-mer place ainsi la Réunion comme un pôle très fortement favorisé vis-à-vis de ses confrères ultramarins, notamment grâce à un réseau technologique bien installé.

On voit ainsi l’île être relié au multivers par le câble sous-marin SAFE dès 2002, puis le câble LION s’ajoute au réseau en 2009. A partir de là, Orange, SFR et l’entreprise locale ZEOP se livrent bataille afin de servir la fibre à chaque réunionnais. Cette guerre a eu l’avantage d’inverser une tendance : alors que la Réunion partait défavorisée technologiquement au début des années 2000, elle compte aujourd’hui parmi les régions les plus fibrées de tout le territoire français, et en 2020 le câble METISS vient renforcer cette tendance.

La Réunion et la fibre de Zeop

Des écoles qui forment des cerveaux en fuite

Malgré cela, la filière numérique s’est longtemps focalisée sur la télécommunication, liée aux objectifs de couverture rapide, avec des entreprises locales comme Guetali, RunNet, Océanes, etc. Le marché saturé ne faisait pas de place aux autres acteurs de la filière, et comme évoqué précédemment les créatifs (programmeurs et développeurs) n’ont eu d’autres choix que s’expatrier ou réaliser de la sous-traitance à distance. Selon Rémi Voluer, expert digitalisation des économies tropicales et insulaires, la Réunion exporte ainsi 500 millions d’euros de savoirs intellectuels par an, avec des clients au Canada, en Chine ou aux États-Unis.

Ce savoir, il est issu des nombreuses formations peuplant l’île, formant le puits émergent d’une jeunesse talentueuse. On peut citer bien évidemment l’ILOI, créé dans les années 1980, et qui prend la tournante du nouveau millénaire en fondant en 1999 la formation initiale conception de jeu vidéo. L’institut entraîne avec lui toute une gamme d’écoles comme le centre de formation Simplon en 2015, l’ESRN (Ecole Supérieure Régionale du Numérique) en 2016 ou Epitech en 2017. Avant Bouftang, une grande partie de ce concentré artistique et intellectuel ne profitait donc pas à l’île, et dans les faits la Réunion formait des professionnels pour d’autres régions ou d’autres pays. Il ne faut cependant pas se leurrer, cette exportation des talents est toujours actuelle, car il n’y a que très peu de studios prêts à embaucher sur l’île (5 sociétés selon Bouftang).

Ile de la Réunion selon Bouftang

Un grand studio pour enclencher un boom vidéoludique : Ubisoft ?

Pour le secteur vidéoludique, la prochaine frontière à dépasser est l’émergence d’une entreprise ambitieuse et forte. C’est l’étape finale, pour une île qui possède déjà tous les tremplins envisageables. La Réunion est à la fois un creuset de formations pluridisciplinaires, une enclave solidaire des acteurs locaux, et un pôle numérique et technologique qui dépasse certaines régions de la métropole.

A ce sujet, Digital Reunion, un collectif local du numérique, œuvre depuis 20 ans à valoriser la Réunion pour sa position géographique et ses progrès technologiques. Elle y voit ainsi le prochain hub de l’Océan indien, engageant des connexions entre l’Afrique, l’Asie et l’Europe. En visite au forum NxSE 2018 du collectif, Emmanuel Macron a rejoint cette vision d’avenir, en déclarant : “La Réunion a vocation à devenir le Singapour français de l’océan Indien”.

Cela est possible si le potentiel de l’île est pleinement exploité, et dans la sphère vidéoludique il faut avouer que les projets restaient jusque là assez modestes. Les dernières créations remarquables, comme Speed Intense Island, Destruction Road, Fantasy Ball, Bloopy & Droopy ou Always the same nightmare se rangent ainsi du coté des créations mobiles ou itch.io (plateforme de publication d’indépendants, avec prix libre pour la vente). Avec les Fonds de soutien de la région, il faut s’attendre à des créations 100% péi (ndlr: locales) plus ambitieuses.

Enfin, Loïc Manglou a également évoqué, très succinctement, la prise de contact auprès de Bouftang de Bandai Namco, preuve d’un intérêt à l’international pour le cluster réunionnais. Mais il se figure qu’Ubisoft jaugerait l’activité de l’île avec grand intérêt, sans pour autant savoir si elle doit s’y implanter ou non. La visite de Yannick Theler, en 2019, manageur d’Ubisoft Abu Dhabi a néanmoins fait espérer le meilleur :

“Si je suis venu à la Réunion c’est bien pour faire remonter dans ma hiérarchie ce que j’ai pu voir. […] La Réunion a une carte à jouer. Et avec les financements à l’innovation qui se dessinent, les réunionnais qui veulent que l’île compte dans l’univers du jeu vidéo ont une occasion de participer à l’essor du secteur.”

Volcano Game Jam Gif

En 7 ans, l’île est passée d’une activité quasi-nulle en jeu vidéo, à un syndicat régional productif affilié au SNJV. Sa position géographique en fait un point d’appui pour de nombreux pays émergents, nouveaux publics de l’occident. Si on rajoute à cela son modèle numérique performant, ce n’est alors pas une surprise si la petite île ultramarine suscite les désirs de multinationales. Ce n’est qu’une question de temps avant qu’Ubisoft (ou une société étrangère) franchisse le pas. A ce moment là, l’île connaîtra certainement son plus grand boom économique et la présence d’un grand studio ne fera qu’engranger d’autres initiatives, toujours plus ambitieuses.

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Phebus

J'aime me plonger jusqu'à l'os dans des choses que je ne connais absolument pas, pour rester curieux de tout, toujours le poing levé comme disait une chanteuse de mes folles années de jeunesse. Sinon je fais partie de cette secte, toujours plus réduite, qui croit en la sortie d'un Half-life 3 depuis vingt ans. J'ai cependant d'autres religions comme Dear Esther, Denis Villeneuve, Alien, les chats, le Japon ou la cuisine. Touche-à-tout en jeux vidéo, j'ai tout de même mes limites quand il s'agit de taper dans le ballon rond ou m'infliger du golf ô combien dynamique. Entre toutes ces choses, j'aime malgré tout un peu d'instinct primaire, en me défoulant sur un FPS en ligne, ça finit toujours une journée en beauté. J'aime à penser que j'aurai pu faire une carrière inimaginable dans l'Esport et devenir celui qui connaît le jeu vidéo mieux que tout le monde (pathétique fierté humaine).

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