Giga Games Canoc Esport Series

Giga Games Canoc Esport Series : un premier pas vers l’esport olympique ?

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On sait la France talentueuse dans les compétitions internationales vidéoludiques. La Team Vitality ou la Team Emulate a propulsé plusieurs fois l’hexagone sur le podium. Cette mise en avant des victorieux métropolitains met cependant dans l’ombre des populations outremer, qui sont loin d’être dépourvues d’ambitions et de hauts faits. Cet été, la Guadeloupe a accueilli un événement qu’on peut qualifier d’historique puisqu’il comporte en lui à la fois quelque chose de rare, mais qui prépare déjà l’avenir de l’e-sport : les Giga Games Canoc Esport Series.

Giga Games Canoc Esport Series

Giga Games Canoc Esport Series

L’association Giga Games porteuse de l’ambition olympique pour les jeux vidéo

Double naissance dans le bassin

Du 29 juin au 3 juillet se sont déroulés, en effet, les toutes premières compétitions e-sportives en association avec les jeux olympiques caribéens. C’est l’association Giga Games, maîtresse de l’e-sport en Guadeloupe, qui s’est emparé de l’événement. Le groupe, présidé par Samuel Jourson, s’est fait entendre en tant que principal acteur de l’archipel en la matière, fédérant la population autour de moments d’envergures comme la Giga’Games Carribean World Cup. Agissant cette fois en tant qu’organisateur et fédération, Giga Games permet d’initier un rapprochement entre les jeux olympiques physiques, leurs représentants et comités, et les jeux virtuels ainsi que leurs équipes et publics. Les jeux de la Caraïbe se tenant en Guadeloupe cette année, c’est avec une profonde évidence que le choix s’est alors porté sur Giga Games, en ce qui concerne le volet virtuel.

Notons que, de leur côté, les Jeux de la Caraïbe n’ont jamais existé auparavant et soufflent, eux aussi, cette année leurs premières bougies. L’instauration des jeux dans l’archipel est débattu et souhaité depuis une vingtaine d’années. De plus grandes organisations, comme le CACSO qui couvre l’Amérique centrale et les caraïbes, ou la PASO qui fait concourir l’ensemble du territoire panaméricain, étaient les seules portes d’entrée pour ces îles aux jeux. Sous l’égide de l’association CANOC (Association Caribéenne des Comités Nationaux Olympiques), les Caraïbes profitent dorénavant d’une plus grande visibilité de leurs talents, ainsi qu’un accès préparatoire à des compétitions plus internationales.

L’événement marque donc à la fois l’émergence d’olympiades dans l’archipel, accompagné d’une reconnaissance officielle par les comités et l’affirmation d’une correspondance avec le monde de l’e-sport. En 2019, Samuel Jourson envisageait déjà de porter les ambitions de l’île à l’international, exprimant son intention de voir “une équipe dans chaque territoire de la Caraïbe, pour concourir en 2023 aux jeux Panaméricains qui se dérouleront au Chili”.

Samuel Jourson, président de Giga Games et instigateur des Giga Games Canoc Esport Series

Samuel Jourson, président de Giga Games

S’affronter dans un esprit inclusif

Pour les Giga Games Canoc Esport Series, une place tout à fait bienvenue a été faite aux femmes, ainsi qu’un partenariat important et qui remonte à l’histoire coloniale avec le Kenya. C’est ainsi que la joueuse professionnelle kenyane Sylvia Queen Arrow a été choisie en tant que marraine du jeu Tekken 7, ainsi que la joueuse guadeloupéenne Panda-Chan.

Ce rapprochement avec l’Afrique fait sens, pour la représentation de talents ignorés, mais aussi dans le rappel de l’importation de populations, issues de l’Afrique de l’Ouest, réduites en esclavage pour une exploitation des ressources de la Guadeloupe (canne à sucre notamment). Sylvia Queen Arrow et Panda-Chan ont présidé à ce sujet une compétition intégralement féminine, avec le tournoi féminin internationale de Tekken 7. Pour Samuel Jourson, cette compétition dédiée était nécessaire, permettant de “mettre en avant les joueuses de Tekken, mais aussi de ne pas faire de discriminations [financières] entre les compétitions mixtes, masculines et féminines.”

Cette discipline a pris place parmi de nombreuses autres ; ainsi, les Giga Games Canoc Esport Series ont réalisé des compétitions sur des jeux comme WindJammers, Efootball, Fifa22, Demon Slayer ou Just Dance.

Sylvia Queen Arrow

Sylvia Queen Arrow, joueuse professionnelle sur Tekken 7

Coup d’envoi pour Giga Games

L’association Giga Games n’est pas en reste de projets aussi ambitieux, avec en décembre la tenue de compétitions e-sportives à l’occasion de la Route du Rhum. Celles-ci se feront en partenariat avec le géant des compétitions NiceCactus, qui mettra à disposition de l’association guadeloupéenne son environnement ergonomique en ligne. Plus encore, Giga Games a été récompensée dans ses efforts, avec la validation par les instances internationales de l’e-sport de son statut de fédération. Cela lui permettra d’être en mesure d’envoyer ses champions lors des grandes compétitions mondiales.

Cette mesure est particulièrement importante puisqu’elle vient en corrélation des résultats obtenus lors des Giga Games Canoc Esport Series. La Guadeloupe s’est ainsi propulsée au podium, positionnant des athlètes sur toutes les disciplines d’e-sport représentées, faisant d’elle la grande gagnante de ces jeux olympiques (la Martinique arrivant seconde avec l’équipe Rising Opossum et Porto-Rico en 3ᵉ place).

Cela démontre sa capacité à concourir auprès des plus grands, parvenant à rassembler et à former les champions de son archipel. Sa validation en tant que fédération, ainsi que ses victoires, lui ont garanti, dès lors, une place pour la prochaine coupe du monde. Celle-ci se tient en effet à Bali en décembre 2022 et verra s’affronter les équipes e-sportives internationales les plus méritantes. Si Giga Games persévère ainsi dans son élan, il lui est garanti également une place lors de la coupe en 2023, qui se tiendra cette fois en Europe.

Affiche publicitaire et récompense pour la prochaine coupe du monde d'e-sport à Bali

Un petit pas pour la reconnaissance du jeu vidéo

Ce genre d’initiative n’a peut-être l’air de rien, mais dans le monde vidéoludique, l’accession aux olympiques est une forme de reconnaissance importante. Elle viendrait signer et terminer la difficile quête de légitimisation du jeu vidéo, qui se déroule depuis les années 1990 au devant des instances universitaires et intellectuelles. Cette fois-ci, il s’agirait de reconnaître, par des instances officielles internationales, les valeurs positives du jeu vidéo, au regard de leurs bienfaits sociaux, du dépassement de soi ou parfois physiques.

Ce n’est cependant pas la première fois qu’un tel combat est mené et les tentatives timides n’ont pas toujours les retombées escomptées. En 2021, les jeux de Tokyo avaient ainsi accueilli, sous licence très officielle, les Olympic Virtual Series, finalement boudés par les spectateurs, préférant un voisin bien moins officiel : l’Intel World Open. Se centrant davantage sur des compétitions vidéoludiques dites “classiques” (Rocket League et Street Fighter), l’Intel World Open avait été regretté de ne pas figurer aux côtés des jeux olympiques (n’apparaissant qu’à titre de compétition associée), alors que les simulations de sport des OVS (baseball, cyclisme, aviron, etc.) donnaient plutôt une impression de redondance basiquement virtuelle. C’est un débat qui demeure extrêmement clivant dans l’industrie, puisque même si l’acte de jouer en compétition est un geste sportif en soi, il ne partage pas toujours les mêmes valeurs dans ses façons de faire ou d’être.

L’aspect mercantile du jeu vidéo, objet de consommation culturel avant tout, est l’exemple d’un des principaux freins à l’insertion des jeux dans des olympiques qui reposent, elles, sur des valeurs humaines. La concurrence commerciale de l’industrie ne permet pas non plus toujours d’accorder les acteurs sur les jeux à mettre en avant, ou le choix des organisateurs, ou même les sponsors. Enfin, il se pose la question de certaines dynamiques compétitives qui encouragent parfois plus à l’écrasement de l’autre qu’à concourir à ses côtés, ce qui exclut de fait certaines licences.

Compétition de baseball lors des Olympic Virtual Series

Les Giga Games Canoc Esport Series : présage d’une intégration des jeux par les instances

La situation d’archipel du territoire guadeloupéen, en même temps que le morcellement géographique des Caraïbes, ne permet pas, a priori, d’espérer des investissements internationaux. Néanmoins, cette région du monde témoigne de plus en plus de sa détermination à participer à la course mondiale du numérique, qui est menée quotidiennement sur le plan technologique et vidéoludique. Du point de vue de l’e-sport, elle fait émerger des talents réels, c’est-à-dire des champions et des concurrents qui ont tout à fait leur place dans des compétitions plus continentales.

Avec l’absence d’organismes officiels, ce sont aussi des acteurs ambitieux et chaleureux qui soulèvent à leur échelle les envies de leur territoire, à l’image de Samuel Jourson en Guadeloupe, ou même de Renaud Saint-Cyr en Martinique (président de Rising Opposum), qui portent les projets e-sportifs. Il faut voir dans cette première correspondance entre jeux olympiques et jeux e-sportifs un intérêt de la communauté et des instances pour ce modèle de compétition. Il reste à réfléchir les bases de compétitions saines, en corrélation avec les valeurs fraternelles et pacifiques des jeux olympiques. Mais, force est de constater qu’un tel rapprochement se fait de plus en plus prégnant dans les années à venir.

C’est, semble-t-il, une évidence pour les Caraïbes, qui prend au sérieux l’urgence de penser dès maintenant la forme de ces connexions. Avec l’intégration, à la prochaine coupe du monde e-sportive 2022 à Bali, de la Guadeloupe, ce sera certainement l’occasion de témoigner de l’essor de la région, ainsi que de l’importance des gouvernements métropolitains à soutenir son développement.

Samuel Jourson devant une affiche confirmant l'acceptation de la Guadeloupe à la coupe du monde de Bali

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Phebus

J'aime me plonger jusqu'à l'os dans des choses que je ne connais absolument pas, pour rester curieux de tout, toujours le poing levé comme disait une chanteuse de mes folles années de jeunesse. Sinon je fais partie de cette secte, toujours plus réduite, qui croit en la sortie d'un Half-life 3 depuis vingt ans. J'ai cependant d'autres religions comme Dear Esther, Denis Villeneuve, Alien, les chats, le Japon ou la cuisine. Touche-à-tout en jeux vidéo, j'ai tout de même mes limites quand il s'agit de taper dans le ballon rond ou m'infliger du golf ô combien dynamique. Entre toutes ces choses, j'aime malgré tout un peu d'instinct primaire, en me défoulant sur un FPS en ligne, ça finit toujours une journée en beauté. J'aime à penser que j'aurai pu faire une carrière inimaginable dans l'Esport et devenir celui qui connaît le jeu vidéo mieux que tout le monde (pathétique fierté humaine).

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