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Mini Motorways

Mini Motorways – Un satisfaisant chaos au coin de la rue

En 2013, deux frères s’allient pour créer les premières fondations d’un studio néo-zélandais : Dinosaur Polo Club. L’esprit espiègle de Robert et Peter Curry définit la petite société dont le nom est un savant mélange entre une marque de pyjama pour enfants et un bar qu’ils affectionnent. Cette relation, à la fois badine et nerveuse, amènera au succès de Mini Métro en 2015. Cette année, c’est Mini Motorways qui tente de prendre la relève, avec une réussite déjà bien amorcée.

 

Tisser son propre tapis de voitures

Le retour du capharnaüm minimaliste

Pour qui évoque le nom du Dinosaur Polo Club s’entremêlent alors des rêveries (ou cauchemars) de wagons courant dans tous les sens, se remplissant, se déversant sans cesse, comme pris dans un enfer urbain éternel. Autrement dit, le studio avait marqué les esprits avec Mini Métro, d’abord accessible en flash, puis développé intégralement pour atterrir sur Steam entre autres. Mais tout porte à croire que l’équipe derrière Dinosaur Polo Club a développé un goût prononcé pour la maniaquerie, ainsi qu’un possible fétichisme des transports.

Avec une première sortie sur l’Apple Arcade en 2019, Mini Motorways replonge tête baissée dans les chaotiques réseaux de transports urbains, prenant cette fois comme véhicule l’automobile. Disponible depuis cet été sur Steam, le jeu de petites voitures est parfait pour s’évader un moment de sa plage et retrouver alors le doux tsoin-tsoin des embouteillages.

Les routes et les couleurs

Aux commandes du réseau routier de la ville, notre rôle est d’aménager les routes afin que chacun soit en mesure d’atteindre sa destination. En véritable architecte du circuit automobile, on tracera alors, comme bon nous semble, des lignes d’asphalte, entre une habitation et un centre de ressources. On ne sait exactement quelle forme d’occupation la population va chercher dans ces centres, mais ces aller-retours génèrent des points (appelés épingles) qui détermineront le score en fin de partie.

Tel un paysage danois, les maisons arboreront différentes couleurs, du rouge le plus carmin aux riches nuances de bleu, indiquant quels centres les habitants souhaitent rejoindre. Reprenant le concept de Mini Métro où chaque forme géométrique rejoignait un quai correspondant, Mini Motorways fait ici jouer des palettes de peinture, enrichissant de même un visuel déjà tout en pastels. Mais attention, il faudra garder en tête que les premières routes seront certainement les plus importantes dans l’avenir. Car les maisons et centres pullulent au fil des semaines, se multipliant en périphérie ou en centre-ville, dessinant déjà une croissance urbaine démesurée.

Nos petites routes de campagne deviennent rapidement de grands boulevards et la ville prend des airs de folie lorsque émerge le vacarme des klaxons. Une ville tentaculaire s’empare de notre réseau, on est alors amené à ne plus décider mais à adapter notre expertise, autant que faire se peut, à la course effrénée de ces pots de yaourts. Vous l’aurez compris, le chaos fait partie intégrante de l’expérience de Mini Motorways et, même si le jeu demande une certaine maîtrise et un sang-froid, on se laisse allègrement porter par ce grand bazar. Le score est assez anecdotique, faisant figure de tradition vidéoludique plus que d’enjeu, tant il est secondaire face au plaisir qu’on éprouve lors du délitement de notre structure.

Les villes dans Mini Motorways

Différentes villes possibles dans Mini Motorways

 

Le plaisir des yeux, le stimuli du cœur

L’esthétisme au service de la méthode

Cette déconstruction incontrôlée, qui survient après une maîtrise quasi totale et apaisée du circuit, se retrouvait déjà dans Mini Métro. En tant que joueur, on semble passer d’un état assez actif, qui ordonne et envisage, son œuvre avec une maniaquerie plutôt jouissive. Pour qu’ensuite, on se déverse dans une désorganisation totale, témoignant passivement de l’effritement de toutes nos règles.

Ce schéma peut faire remonter une certaine frustration et l’absence de sauvegarde, qui pourrait nous permettre de modifier un nœud automobile à un moment déterminant, n’arrange en rien notre colère. Mais tout porte à l’apaisement dans Mini Motorways, encore plus que dans Mini Métro qui formulait déjà une ambiance calme et berçante. Le graphisme du jeu, porté par Blake Wood, suggère un esprit enfantin et innocent. Les teintes sont travaillées afin de ne jamais agresser le regard, même si, au fil des cartes, la palette de couleurs change du tout au tout, celle-ci est toujours très plaisante, mêlant un ensemble de pastels très bien étudié.

On y remarque une forte imprégnation de l’art graphique contemporain qui communique sous des traits captivants et presque ludiques un message, une information ou une méthode. À la façon de l’artiste Paul Cox, qui a soufflé de façon importante le graphisme d’aujourd’hui, Blake Wood choisit la simplicité du jeu pour enfants, son design à la fois épuré et coloré, pour faciliter l’appréhension du système de jeu. On nous offre la possibilité à chaque partie de choisir entre trois atmosphères avec, parmi elles, le mode nuit est à ce sujet d’une relaxante beauté.

La musique est, elle aussi, au service d’un sang-froid enivrant. À l’aide de bruits sourds et de basses très lo-fi, les sons semblent s’éteindre doucement pour ensuite revenir, dans un flow incessant qui emprunte au murmure des vagues. Cette esthétique sonore et visuelle accompagne un concept inhérent aux jeux de Dinosaur Polo Club, c’est à dire une grande capacité de relaxation.

Jour et Nuit dans Mini Motorways

Jour, Nuit

 

Jeu étrangement satisfaisant

L’esthétisme minimaliste et badine y est pour beaucoup dans l’ambiance feutrée de Mini Motorways. On pourrait rajouter que la vision d’un circuit bien aménagé, où chaque voiture trouve sa route avec fluidité et efficacité, titille notre plaisir de l’ordre. Mais de la même façon, on peut trouver un grand plaisir dans la dislocation du système, d’être dépassé par une ville qui semble prendre vie de façon anarchique.

Ces deux aspects suggèrent une hypnose ludique, où l’on se fait avaler volontiers par la boucle des petites voitures. C’est une idée qui se retrouve dans l’ASMR et son hypnose sonore ou dans les vidéos étrangement satisfaisantes qui mettent en scène des circuits d’usine parfaitement rythmés ou des malaxages de slime. Jane Turner, psychologue et spécialiste en hypnose ericksonienne, explique ce qui se cache derrière ce concept :

De prime abord, parce qu’une des bases de l’induction d’une transe est justement la fascination […] Ces vidéos fascinent de la même manière que le son de tambours, le chant ou certaines musiques répétitives. La répétition fait décrocher, comme si le spectateur était bercé par les images ou tout simplement invité à se désintéresser de ce qui se passe autour de soi et de se laisser voyager ailleurs.

Yann Leroux, docteur en psychologie qui étudie notamment le jeu vidéo pour ses effets positifs, surenchérit à ce sujet, en rappelant le caractère enfantin :

Ces vidéos participent à la régulation des émotions au cours de la journée. J’ai le sentiment que plus l’on vit avec des écrans, plus on a besoin de se reconnecter à ses sensations primaires (patouilles, feuilles mortes, etc.). Dans ce vaste monde qui a l’air complètement désorganisé, fragmenté, difficile, on peut trouver un ordre, et si on le trouve dans la vidéo on peut aussi le trouver en soi

Los Angeles dans Mini Motorways

 

Le bémol d’un ludisme minimaliste

Tant va la voiture au centre qu’à la fin elle ennuie

L’hypnose qui s’opère peut cependant être arrêtée par la trop grande répétition des schémas urbains. En vérité, le concept est très séduisant et appelle à toujours réessayer ses exploits, mais il ne se réinvente pas pour qui souhaiterait expérimenter d’autres formes urbaines. De la même façon, les vidéos étrangement satisfaisantes (citées précédemment) le sont pendant un temps, mais ne résistent pas à une visualisation d’une heure, sans quoi notre cerveau tombe dans l’ennui après avoir saisi la recette qui ne cesse d’être appliquée, le sortant de l’hypnose.

Le Dinosaur Polo Club semble s’être appliqué à saisir des influences artistiques apaisantes, pour installer le joueur dans une bulle proche du berceau. À force d’orienter sa technicité et son expertise vers un cocooning vidéoludique, il semble avoir perdu de vue l’intérêt des rebondissements ludiques. Les villes ne se différencient nullement par leur challenge et ne montrent pas une difficulté grandissante.

Mini Concept

L’apparition des montagnes et des rivières sont des obstacles surmontables, qui participent davantage à l’identité graphique de la ville qu’à une stimulation. Comme dans Mini Métro, les dits obstacles sont contournables à l’aide d’outils (ponts, tunnels, autoroutes, etc.) qui nous sont proposés en fin de chaque semaine. On notera malgré tout qu’un défi hebdomadaire et un quotidien renouvellent un tant soit peu le jeu, avec des contraintes plus fortes (densité importante, peu de routes, montagnes sur le passage, etc.).

Une composante écologique aurait pu être un plus dans Mini Motorways. On remarque que l’idée a pu être amorcée, car à chaque forêt détruite la musique grésille comme embarrassée. Que ce concept n’ait pas été développé est assez surprenant en soi, lorsqu’on sait que la pollution du réseau automobile est un grand challenge de notre époque.

Enfin, le jeu n’est pas dénué d’erreurs puisque les feux de circulation sont une épine dans le pneu plutôt que des facilitateurs. À ce sujet, le jeu aurait pu s’inspirer du très similaire Traffix qui joue avec les feux de circulation comme une boîte à rythmes. Sans récupérer totalement la recette de Traffix, qui demeure assez épuisante et stressante, il aurait pu être pensé un moyen similaire de rythmer la circulation à notre guise, ouvrant et fermant certaines routes à intervalles réguliers décidés par le joueur.

Traffix

Les feux de circulation dans Traffix

 

Se délasser dans le chaos avec Mini Motorways

Pour moins de 10 euros, on ne peut cependant pas exiger de Mini Motorways de réinventer la roue et les ronds-points. Il pêche par sa répétition, son manque de renouvellement, mais n’est en rien un échec. Il faut aussi remarquer que le jeu semble se calquer sur le format très rapide et intuitif, du jeu mobile. Le jeu se prête ainsi parfaitement à un moment éphémère, pour qui cherche une relaxation immédiate ou à s’endormir lentement au son des pots d’échappement.

En ce qui concerne la recette de l’apaisement, Mini Motorways fait figure de grand chef. C’est ce qu’on retiendra de lui au moment de le quitter, mais qui nous donnera envie d’y retourner également. On y retrouve toute l’atmosphère d’un esprit d’enfant, avec le fantasme formaliste d’un adulte.

Très inspiré de Freeways de Justin Smith, Mini Motorways choisit le minimalisme, déjà éprouvé avec Mini Metro, pour donner à voir la complexité des réseaux urbains. Il engage la machine à simuler un circuit optimal, pour mieux mettre en scène ensuite la dissolution anarchique du système. La création de Dinosaur Polo Club est un plaisir cognitif en ce sens. Si on ajoute à cela un orchestre urbain relaxant, pris dans des applats pastels, le jeu de petites voitures est un refuge peu cher payé, qui nous fera prendre le volant jusqu’à l’hypnose.

Freeways de Justin Smith

Freeways

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Phebus

J'aime me plonger jusqu'à l'os dans des choses que je ne connais absolument pas, pour rester curieux de tout, toujours le poing levé comme disait une chanteuse de mes folles années de jeunesse. Sinon je fais partie de cette secte, toujours plus réduite, qui croit en la sortie d'un Half-life 3 depuis vingt ans. J'ai cependant d'autres religions comme Dear Esther, Denis Villeneuve, Alien, les chats, le Japon ou la cuisine. Touche-à-tout en jeux vidéo, j'ai tout de même mes limites quand il s'agit de taper dans le ballon rond ou m'infliger du golf ô combien dynamique. Entre toutes ces choses, j'aime malgré tout un peu d'instinct primaire, en me défoulant sur un FPS en ligne, ça finit toujours une journée en beauté. J'aime à penser que j'aurai pu faire une carrière inimaginable dans l'Esport et devenir celui qui connaît le jeu vidéo mieux que tout le monde (pathétique fierté humaine).

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