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Celeste - Introduction chapitre 9

Celeste – Laura Dale et la transition de Madeline

Celeste Plateforme

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Le 9 septembre 2019, le chapitre 9 Farewell de Celeste sort après une longue gestation (annoncé depuis janvier 2019). Tout cela fait alors très neuf (ahah) et créé grand bruit du côté de la communauté LGBTQIA+. Attention, je raconte tout sur la fin du jeu dans la suite de l’article, donc si vous souhaitez éviter les spoilers, je vous invite à lire le test qui raconte le jeu sans dévoiler ses secrets.

Celeste Montagne

 

Pris en flag

Farewell est un point d’orgue en même temps que la fin de la douce mélodie de Madeline. Sa quête prend fin en une cinématique après un parcours du combattant plus éreintant encore que les précédents. Le tableau final est magnifique. Il condense tout ce qu’on a aimé dans Celeste en quelques dessins, des teintes pastel jusqu’aux fraises molletonnées.

Dans le creux de son lit, on découvre une Madeline surgissant de son rêve. Le regard ni anxieux ni joyeux, elle semble avoir vécu une vie entière, ayant fait le deuil de son histoire. C’est un double deuil. Car il s’agit de faire la paix avec la disparition de la vieille femme à l’oiseau. Mais aussi de digérer la montagne qu’elle a conquise au travers de ses dash, wavedash, reverse wavedash ou que sais-je encore.

Semer les graines de la discord

Celeste BureauAutour d’elle les développeurs (essentiellement Amora Bettany et Lena Raine) ont dispersé plusieurs petites choses, comme autant de totems qui composent son identité : une tasse décorée d’une fraise, le portrait d’une vieille dame, une majestueuse montagne, des pilules, un bout de son enfance en photo, etc.

Très vite ces éléments sont relayés sur Reddit ou Discord. Pour beaucoup c’est suffisant pour authentifier de vieilles hypothèses sur Madeline. Les preuves à conviction ? Le rainbow flag, le trans flag, une photo plus jeune de Madeline (qui ressemble vaguement à un garçon) et une boîte de pilules. Pour beaucoup c’est irrévocable : Madeline aurait été assignée garçon, et suivrait un traitement hormonal.

L’idée d’une Madeline trans avait déjà fait son chemin avant le chapitre 9, à grand renfort d’indices non avoués, comme l’instagram de Théo ou les dialogues entre Badeline et Madeline qui font état de l’angoisse de “perdre ce corps“. On peut également souligner que Maddy Thorson (la créatrice du studio à l’origine de Céleste) se considérait déjà comme non-binaire à l’époque, et que Léna Raine (la compositrice de l’OST du jeu) est trans.

Dans la foulée d’octobre 2019, plusieurs articles alimentent le débat, Ali Jones de PCGamesN avançant des arguments en faveur d’un personnage trans, ou Kat Bailey d’USGamer soutenant cette idée, précisant toutefois que ce ne serait qu’une partie de son identité. Enfin, en décembre 2019, Laura Dale s’agace sur SyFyWire du silence de l’équipe des développeurs sur ces éléments, les encourageant à se prononcer de façon plus courageuse.

Celeste et Theo

 

Qui ne dit mot consent ?

L’article de Laura Dale agit comme de la mauvaise presse sur l’équipe de MattMakesGames et est relayé un peu partout dans la communauté de joueurs LGBTQIA+. On se demande pourquoi ces éléments apparaissent tel un pokémon sauvage dans les buissons, sans aucun discours de la part du studio. S’agirait-il d’un nouveau Bioware qui fait apparaître par magie dans SWTOR une planète absurdement gay (quand le reste entier de la galaxie est hétérosexuel), comme on donne un os à ronger à une communauté en manque de représentation ?

Mass Effect Baiser gayCe genre de procédé reflète aussi la relation du studio à ses clients, les joueurs, des personnes qui peuvent demander un remboursement si un contenu leur déplaît ou ébranle leurs valeurs. Le studio peut alors craindre que sa position politique puisse influencer les ventes et c’est ainsi qu’on en vient à laisser s’écouler sur les forums officiels des petites rivières de haine ou d’humiliation.

Dans l’histoire du jeu vidéo, on se souviendra de Mass Effect 2 qui a tenté un geste envers la communauté homosexuelle (en proposant des romances adaptées). Mais qui, dans le même temps, est resté coi lorsque son plus gros client s’amusait de Krogans tout de rose vêtu ou d’un Shepard qui “ne peut être homosexuel tant sa quête est virile et importante” (sur le forum Bioware entre autres). Bioware à cette époque a prouvé son manque total de cran et a fini par retirer, sous la pression de FoxNews notamment, des options bien plus enrichies.

Un silence qui tue

Mais revenons à Celeste, car Laura Dale reproche exactement en 2019 à MattMakesGames ce qui s’est passé avec Bioware en 2008. Le studio a décidé de garder les lèvres bien fermées, tandis que la communauté trans de Celeste était accusée de forcer une représentation dite incohérente. Et force est de constater qu’en gardant le silence sur un secret en notre possession, on donne du grain à moudre à ceux qui souhaitent le taire.

Il y a un tas de personnes dehors qui ne supportent pas l’existence des personnes transgenres, et ils trouveront n’importe qu’elle excuse pour nier l’existence d’un personnage trans” prévient Laura Dale. Il n’y a qu’à prendre exemple sur le wiki de Céleste, où les modérateurs ont soutenu, avec force et fracas, jusqu’à 2020 que Madeline n’était juste qu’une alliée LGBTQIA+ et ont, de fait, insisté pour nier toute possibilité de transidentité. Laura Dale rappelle que “peu importe leurs raisons, le silence des créateurs a dans tous les cas le même résultat : un personnage dont le statut trans […] est facilement niable.

Il faut très honnêtement se demander si une entreprise peut se permettre une hésitation de ce genre dans sa communication. Avec ce silence, le risque le plus important est de se rendre complice des tentatives d’humiliation ou de déshumanisation des personnes trans, car leur existence peut alors paraître trop futile pour s’exprimer. Cette déshumanisation peut avoir pour conséquence à long terme une banalisation des violences.

Tout cela se passe pendant un an de mutisme de la part de Maddy Thorson pour qu’en novembre 2020 elle finisse par faire tomber le couperet en prenant la parole à son tour.

Celeste FanArt Trans

FanArt de Madeline

Une épreuve personnelle pour Maddy

Maddy balaie un an de polémiques en une phrase sur son blog professionnel : “Mais oui, bien sur qu’elle est trans !“. Quelques mots plus loin elle s’annonce elle-même trans et explique son silence par l’aventure toute personnelle qu’elle débutait à l’époque.

De la même façon que Madeline s’aventure dans cette montagne pour affronter ses angoisses, Maddy Thorson s’aventurait dans une quête plus profonde de soi pendant le développement du jeu. Et il n’était alors pas évident d’y poser des mots, lorsqu’elle-même commençait à peine à surmonter la montagne Celeste.

Et poser des mots, c’est bien ce qui est si difficile encore aujourd’hui, car la développeuse n’a pas tellement envie de transformer Madeline en porte-drapeau.

Assigner sans trahir

Madeline, Théo et la grand-mèreFaut-il, pour gagner du terrain sur les personnes cisgenres, se déclarer trans haut et fort ? “Ce serait ridicule” nous dit Maddy, car “les personnes trans ne doivent certainement pas être forcées de se déclarer trans dans un espace public qui leur est foncièrement hostile“. Qui plus est, ce serait réduire la personne à un caractère qui, au final, ne concerne que son intimité, mais qui ne parle pas de ses compétences, son histoire, ou ses rêves.

Tout le monde devrait se sentir libre d’explorer son identité de genre sans sentir une pression à se placer dans des catégories pour le bénéfice des autres” finit par dire Maddy. Ce qui pose problème, fondamentalement, est l’assignation arbitraire des personnes. Et il serait faire un contresens que d’assigner Madeline ou une autre personne en quête d’identité selon des normes classiques de genres. Cela reproduirait malheureusement un vieux schéma qui a tendance à cloisonner les personnes dans une catégorie sociale.

Le choix de l’humain

Il n’était d’ailleurs pas totalement cohérent d’en faire un personnage trans dès le début, quand celle-ci se lance dans l’alpinisme à haut risque pour précisément trouver des réponses à ses interrogations intérieures. Même si Maddy Thorson se désole de cette longue période de silence et s’excuse profondément auprès des personnes affectées, elle revendique sa décision d’une Madeline plus humaine que politique.

L’équipe de MattMakesGames a préféré, avec le chapitre 9, saupoudrer ces indices dans la chambre de Madeline, plutôt que de faire tomber le masque à la manière d’un cliffhanger juste avant le générique. Maddy Thorson révèle par ailleurs : “[MattMakesGames] ne voulait pas en faire un faible gimmick, comme une Samus qui retire son masque à la fin de Metroid et qui révèle au joueur qu’il jouait une femme trans tout du long. Cela ne semblait pas assez respectueux de Madeline […] ou des personnes trans et des examens [médicaux et psychologiques] qu’ils endurent.

Il y a tout intérêt à construire des identités trans ancrées dans le réel, qui ont leurs complexités et paradoxes et qui ne sont pas nécessairement affublées de critères renvoyant à leur communauté. Cette identité ne doit pas déterminer leur personnalité et être trans n’est pas un accessoire. Pour ceux, en revanche, qui persévèrent à nier chez Madeline une identité trans et qui soutiennent la rareté des preuves, Maddy Thorson répond : “Quelles sont les preuves qu’elle est cisgenre ?“.

Madeline et Badeline dans le miroir

 

Le jeu kétanou

Le sujet est sensible car entre les bonnes et mauvaises représentations, il n’y a qu’un pas, notamment pour des développeurs hétérosexuels blancs qui n’ont hélas aucune idée de ce que c’est que vivre en dehors des normes.

Exister dans l’ombre

La faute à eux ? Bien sûr que non, la faute aux cercles sociaux et à la sociologie, où l’humain cherche à se rapprocher de ses pairs.

Il faudrait cependant piquer certains studios d’une bonne dose de mixité (genre, orientation, ethnies, etc.), et les vacciner de la toxicité des boy’s club qui régissaient jusqu’à récemment chez Riot Games, Quantic Dream ou encore Ubisoft. Car même quand un studio s’essaie au périlleux exercice de l’inclusion, on accuse une certaine faiblesse dans la prise de décision, voire une lâcheté.

Malheureusement, le personnage qui servira une romance gay ou lesbienne, par exemple, incarnera dans le même temps un rôle forcément secondaire, totalement dépourvu de charme, ou très peu développé du point de vue du character design.

Diversity washing

C’est là où les propositions, acclamées comme des approches novatrices, de Bioware pour Mass Effect sont décevantes, tant Steve Cortez dans ME3 ne participe en rien à l’aventure, mais agit comme un faire-valoir homosexuel. Pour deux romances possibles gays dans ME3, il y en a six hétérosexuelles, et dans leur passé avec ME1 et ME2 les romances lesbiennes ont été largement plus valorisées que les romances gays (avec une race Asari pourvue d’attributs féminins que l’on dit pourtant « asexuée ») flattant les fantasmes des gamers masculins.

Pour preuve, il faut se rappeler du postérieur de Miranda démesurément présent pendant des conversations qui évoquent la survie de l’humanité. Vu plus haut, il y a Makeb, la planète homosexuelle dans Star Wars The Old Republic, dont il faut rajouter que l’accès était payant, trop généreux mon bon seigneur.

The Balad of Gay Tony est un autre cadeau de cette saveur, acclamé pour sa façon de détourner les stéréotypes (en les exagérant ?) et montrer que les personnes gays sont aussi des truands cocaïnomanes comme tout le monde.

Resident Evil 5 Shelva Alomar

Shelva Alomar en habit d’époque ?

Dans le même palmarès, les personnages noirs dans les jeux vidéo sont souvent des compagnons au héros blanc. Ils approfondissent notre malaise quand ils incarnent l’exotisme, à la façon d’une Shelva Alomar dans Resident evil 5 qu’on peut affubler, telle une poupée de la savane, d’une peau de bête et de signes tribaux.

Prudent, trop prudent ?

La plupart du temps ces petits éléments d’inclusivité échouée ont derrière eux des objectifs mercantiles, destinés dans un premier temps à ratisser large du point de vue des populations de gamers, et dans un second temps à s’installer une jolie vitrine de studio moderne et bienveillant. Introduire, de façon forcée, des identités autres pour le seul aspect qu’elles appartiennent à une minorité est dangereux.

Le personnage ou la personne engagés dans ce processus n’existe pas aux yeux de l’entreprise ou du créateur. C’est une autre forme de discrimination qui mène à déshumaniser le regard sur ces personnes et à les rendre accessoires.

Star Wars Resistance Orka et Flix

Meilleur que Abrams, Star Wars Resistance avec le couple Orka et Flix

On apprend ainsi, dans les comics d’Overwatch, que Soldat 76 et Tracer sont gays. Mais cette appartenance disparaît immédiatement une fois sur les serveurs, faisant bien attention à ne pas choquer une communauté de gamers déjà bien capricieuse ou interdire les ventes dans des pays aux gouvernements homophobes.

Si l’on passe du côté du cinéma, la frustration est la même, avec récemment le baiser lesbien le plus court de l’histoire de Star Wars dans L’ascension de Skywalker.

C’est une belle attention qui permettra de ne pas fâcher des ventes dans les pays du Moyen-Orient ou d’Asie. J.J. Abrams disait d’ailleurs à ce propos qu’il souhaitait que la scène ne soit pas trop “insistante“, ni qu’elle ne fasse “trop de bruit“. Comme c’est précautionneux de sa part !

À quand nos héros ?

Il faut comprendre qu’il ne faut pas offrir que des représentations positives, héroïques ou fantasmées des personnes LGBTQIA+ et racisées. Ce serait faire preuve d’imposture, tant les personnes sont complexes et peu souvent héroïques. Bien sûr, un personnage comme Tony Prince dans GTA a droit d’existence dans une certaine mesure, le milieu gay ayant ses démons comme n’importe quel milieu. Mais nos héros actuels ne sont pas représentatifs de cet univers varié et les vilains, eux, sont bien plus souvent incarnés par des minorités.

ll serait possible de rire de ces stéréotypes et de les accepter comme des caractères parmi d’autres. L’autodérision, quelle que soit notre appartenance ethnique ou sexuelle, a son importance et profite au développement de chacun. Mais il est impossible de s’épanouir pleinement dans un monde où les images qu’on nous offre de soi sont de purs objets de consommation (faire-valoir d’une communauté, bonus d’un jeu, sidekicks sans personnalité, personnage bouffon, etc.).

Tell Me Why Personnage Trans

Tyler Ronan dans Tell me Why – premier personnage principal à être ouvertement trans

 

Des initiatives phares dans l’obscurité

Face à la pauvreté des bonnes représentations, on comprend mieux l’urgence posée par Laura Dale. Qu’on ne se le cache pas, Celeste est à célébrer pour son initiative. L’équipe a tenté de parler d’elle avant tout, de sa propre expérience, intime, de la transidentité. C’est pourquoi la prise de parole se veut modeste et plus personnelle que politique. Elle intervient néanmoins dans un contexte où la communauté se désespère de trouver des modèles.

Après des représentations néfastes dans les jeux vidéo ou même dans le cinéma (il faut se rappeler d‘Hitchcock ou De Palma qui, bien que brillants cinématographiquement, justifient les désirs meurtriers dans Psychose ou Pulsions par le tourment féminin qui habite nos tueurs masculins), on aspire en effet aujourd’hui à plus de bienveillance et d’ouverture.

On pourrait citer comme incarnation ultime Tell Me Why. Le jeu de Dontnod  réussit le défi d’incarner un personnage transgenre dans une expérience narrative, sans toutefois l’obliger à n’exister que pour ce caractère, il a d’ailleurs reçu le Prix “Au-delà du jeu vidéo” durant les Pégases 2021 pour cette raison. On est avide d’idées de bon goût de ce genre qui nous éviteraient dans le futur de nous étouffer sur notre manette.

Enfin, en octobre 2019 est sorti un guide des bonnes représentations par GameImpact, qui ne cesse de s’étoffer à ce jour. Une démarche très innovante, qui ne laissera plus aucune excuse aux studios sur leur traitement des minorités.

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Phebus

J'aime me plonger jusqu'à l'os dans des choses que je ne connais absolument pas, pour rester curieux de tout, toujours le poing levé comme disait une chanteuse de mes folles années de jeunesse. Sinon je fais partie de cette secte, toujours plus réduite, qui croit en la sortie d'un Half-life 3 depuis vingt ans. J'ai cependant d'autres religions comme Dear Esther, Denis Villeneuve, Alien, les chats, le Japon ou la cuisine. Touche-à-tout en jeux vidéo, j'ai tout de même mes limites quand il s'agit de taper dans le ballon rond ou m'infliger du golf ô combien dynamique. Entre toutes ces choses, j'aime malgré tout un peu d'instinct primaire, en me défoulant sur un FPS en ligne, ça finit toujours une journée en beauté. J'aime à penser que j'aurai pu faire une carrière inimaginable dans l'Esport et devenir celui qui connaît le jeu vidéo mieux que tout le monde (pathétique fierté humaine).

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